05/06/2026
Aujourd'hui je te raconte une histoire qui n'a rien à voir avec le portrait.
Et pourtant elle résume mieux que n'importe quel conseil technique ce que j'ai appris en 20 ans de photo professionnelle.
On est en 2007. Je tombe sur une référence à Surfin' Life, un magazine japonais de surf. Haute qualité, photos exceptionnelles. Le genre de publication où on ne publie pas n'importe quoi : サーフィンライフ surfinlife mag 🇯🇵
Je veux les contacter. Problème à l'époque : leur site est entièrement en japonais. Illisible.
J'aurais pu laisser tomber. J'aurais eu mille bonnes raisons de me dire que ce n'était pas pour moi. Que je n'avais pas les contacts, que je n'étais pas connu à l'international, et que personne ne m'attendait là-bas...
À l'époque, je travaillais avec les magazines de surf français depuis 1995. Ils me connaissaient. Je les connaissais. Mais à l'échelle internationale, je n 'étais personne.
Alors j'ai fait un truc simple : je connaissais une artiste japonaise sur Myspace, une illustratrice spécialisée dans les marques de surf que j'avais croisée en ligne. Je lui ai demandé un service. Elle a navigué sur le site, trouvé un contact puis obtenu plus t**d l'email du rédacteur en chef. Un certain Yoshi. Oui ! Comme dans Mario !
Je lui ai envoyé mes coupures de presse françaises, mes photos, et une proposition simple : "je serai au Quiksilver Pro en septembre-octobre 2007. Je peux couvrir l'événement pour vous."
Il a répondu OK. Il voulait dans un premier temps un surfeur espagnol en particulier, Aritz Aranburu, en portrait et action.
Et surtout il me dit "quelque chose qui sorte des photos officielles" distribuées gratuitement à l'époque par l'ASP à tous les magazines du monde.
Le jour des meilleures vagues, j'ai pris une décision technique qui m'a causé quelques sueurs froides. Au lieu de me coller face au pic comme tous les autres photographes, je me suis éloigné à 200 mètres sur le côté. 300mm avec un doubleur. Cadrage latéral pour avoir le volume entier du tube, toute la puissance des vagues.
C'était risqué. Personne car ce jour là ne faisait ça. J'étais tout seul à 200 mètres des autres... Mais j'avais décidé que si je voulais franchir un palier, il fallait que je flirte avec mes limites.
Le surfeur qui a gagné cette compétition, c'était Mick Fanning. Futur champion du monde.
Un mois et demi plus t**d, je reçois le magazine par la poste depuis le Japon. Je l'ouvre.
Double page sur la compétition. Une page entière sur Aritz Aranburu.
Mes photos. Dans un magazine japonais de référence mondiale. Sans aucune relation préexistante, sans recommandation, sans même parler japonais.
Ce que j'ai appris ce jour-là, et que j'essaie de transmettre depuis, c'est ça : le niveau technique ne suffit pas. Ce qui fait la différence, c'est la décision de croire en soi assez fort pour aller chercher ce qu'on n'est pas sûr de mériter.
En photo de portrait, c'est exactement pareil. Ce n'est pas ton appareil qui bloque. Ce n'est pas ton œil. C'est la décision que tu prends, ou pas, avant d'appuyer sur le déclencheur.
Je t'en reparle plus en détail très bientôt. 😎