11/12/2023
Lorsquâune institution publie un livre, elle prend la parole.
Cet ouvrage devient ainsi une proposition Ă©ditoriale pour lâensemble de son public trĂšs large : les curieux, les amateurs, les connaisseurs, les collectionneurs, les chercheurs et les acteurs culturels d'autres institutions.
Pour rĂ©pondre Ă ce besoin nous avons pris la dĂ©cision quâil devait ĂȘtre accessible et beau :
- Les Ćuvres sont les plus grandes possibles pour sây plonger comme pendant une visite au musĂ©e ;
- Ăvoquer le bĂątiment classĂ© au patrimoine mondial de lâhumanitĂ© par lâUNESCO ;
- Les textes sont concis ;
- La typographie est trĂšs sobre pour laisser les Ćuvres en prioritĂ© visuellement ;
- Les couleurs jouent un rĂŽle signalĂ©tique et sĂ©parent les Ćuvres dâauteurs marocains et Ă©trangers ;
- Le livre est souple pour l'ouvrir Ă plat et confortablement regarder chaque page ;
- La couverture rappelle le mĂ©tal car câest aussi un musĂ©e de la monnaie.
Avant le travail de la mise en forme est venue celle du fond ; car un bon design éditorial est au service de la lisibilité du contenu.
Câest la partie du travail qui est invisible et frustrante, tant quâelle nâest pas terminĂ©e ça ne sert Ă rien de commencer le graphisme. Quand on se prĂ©cipite, on risque de faire trop de propositions crĂ©atives et ainsi sâessouffler, causer des coquilles dans le texte et des erreurs grossiĂšres de mise en page.
Et pour ce livre la tĂąche nâĂ©tait pas simple pour toutes les raisons prĂ©cisĂ©es ci-dessus, mais aussi parce que la classification des 800 Ćuvres demandait une forme de tri et de hiĂ©rarchie. Et câest lĂ quâarriva ma trĂšs chĂšre Latifa Serghini qui mâa rĂ©galĂ©e de discussions passionnantes et dâune proposition audacieuse.
Elle a proposé trois idées fortes :
- sâĂ©manciper du dĂ©coupage « art moderne/art contemporain » trĂšs eurocentrĂ©. Ă la place elle propose un dĂ©coupage qui prends en compte le rapport Ă lâart au Maroc (qui jusque lĂ trouvait des lettres de noblesses exclusivement dans les arts dĂ©coratifs) ;
- elle donne une place importante aux peintres naïfs et spontanés ;
- elle prend de la distance avec lâexpression « peintres orientalistes » arguant que ces auteurs avaient un rapport fantasmĂ© avec notre terre et que nous travaillions un corpus hĂ©ritĂ© de l'Ă©poque coloniale. Elle Ă©voque plutĂŽt « les peintres voyageurs » - de passage - et « les peintres rĂ©sidents » - qui ont une approche plus observatrice.
Je salue le travail colossal rĂ©alisĂ© par toutes les personnes qui ont veillĂ© sur les Ćuvres et leurs lĂ©gendes, les artistes et leurs notices par un travail mĂ©ticuleux : les Ă©quipes du musĂ©e, Latifa, Carole Guilloux, Laetitia Dechanet ⊠et moi-mĂȘme qui ai tout copiĂ©-collĂ©, lu, relu, pointĂ©, retouchĂ©, corrigĂ©.
C'est à vous, lecteurs exigeants, de répondre à cette proposition qui invite au regard et au dialogue.
đ Une collection marocaine : regard sur les Ćuvres du musĂ©e de Bank Al-Maghrib
âïž 280 pages
đ§§ 600 dhs