06/09/2018
Il était à peine 10h et pourtant la chaleur et l’humidité nous écrasait comme jamais je n’avais pu le ressentir. Nous venions d’atterrir sur le tarmac brûlant de Mandalay, et de nouveau mes pieds foulaient un pays inconnu. De l’avion déjà, à travers les hublots étroits, nous avions pu contempler le vert aride de ces terres vides, de ce Myanmar méconnu qui venait de s’ouvrir au monde. Mais, arrêtons les longues phrases et reprenons le cours du voyage. Nous nous retrouvâmes rapidement dans un minibus qui allait nous conduire à notre première étape, choisie à l’aveugle : Mandalay. A l’aveugle et pourtant, rien que ce nom m’évoquait tellement de choses. Mandalay. Il éveillait déjà en moi ces fantasmes d’occidentaux, nourris par les récits de Kipling et Hemingway, bercés par ces images d’Extrême-Orient dont la génération perdue nous a abreuvées. A ma grande surprise, et probablement aussi celle de mon frère, l’aéroport se trouvait loin de la ville et pendant une bonne heure au moins, nous traversâmes des étendues vides, où la végétation régnait en maîtresse. Seuls quelques petites habitations éparses et de nombreux temples dorés, dénotaient avec le vert de la nature.
A l’approche de la cité, les passagers, tous étrangers, commencèrent à descendre du bus. A chaque stop un hôtel. A chaque hôtel quelques passagers en moins. Jusqu’à ce que nous nous retrouvions seul dans le bus, en compagnie du chauffeur, qui semblait un peu perdu quand à l’adresse de notre lieu de résidence. Pourtant, notre hôtel était situé en plein centre. Un étroit bâtiment, haut de 5 étages, coincé entre deux autres bâtisses pas plus haute mais bien plus large. Après avoir rempli les formalités d’usage et déposé nos sacs dans la chambre, nous décidâmes d’aller faire un tour en ville. Devant l’insistance des pseudos guides en poste devant l’auberge, nous commencions notre tour en scooter, chacun derrière un birman, qui nous firent visiter quelques lieux à voir, comme une fabrique de papier d’or. L’or birman. Encore un nom évocateur. La visite fût intéressante, mais très vite, nous décidons de quitter nos guide, afin d’explorer la ville à pied. Rien ne vaut la marche pour découvrir un lieu. Encore plus ici, entre la chaleur écrasante, le bruit incessant des moteurs, les multiples odeurs inconnues et le regard des gens du cru, nous dévisageant, étonnés de voir deux étrangers se promenant dans leur ville. J’aimais à croire, à tort, que nous étions les premiers depuis Hemingway.
La marche à Mandalay est un exercice particulièrement ardu. Impossible d’emprunter les trottoirs, ces derniers semblant réservé aux activités commerciales diverses. Restaurant, snack, vendeur de casserole, épicier, pièces détachés, tout semblait se vendre sur le trottoir ; les locaux, quand il y en avait, semblant réservé aux négociations ou aux stocks. Alors nous empruntâmes la route, aux aguets vis à vis de la circulation dense et chaotique de la ville. De nombreux temples et lieux de patrimoine attirèrent notre regarde et visite, mais je crois que ce qui me marqua le plus, c’est ce petit stand de crêpes birmanes, à un croisement. Nous passâmes devant une première fois et l’odeur attira instantanément notre attention. Ce n’est que quand la faim se fit ressentir que nous décidions de retourner sur nos pas, afin de goûter ces nââns qui avaient éveillé notre curiosité. Quelques chaises et tables en plastiques, des bidons d’huile en guise de cuisinière, et un personnel jeune, voire très jeune. Notre petit serveur ne devait pas avoir plus de 13 ans et il semblait fasciné de nous voir tous les deux nous installer là. Peut-être était-ce quelque chose que les autres touristes ne faisaient pas, que la nourriture de rue était quelque chose pour les birmans. Nous ne regrettâmes guère notre décision. Si au début nous commandions uniquement pour goûter, on demanda vite d’autres galettes. Le goût était extraordinaire, sans même parler de ces différents sauces parfois très proche d’un curry indien dans lequel il fallait tremper les crêpes. [...]