30/12/2025
DEUX COMMUNAUTÉS LUMINEUSES EN HAÏTI : LES DREADS ET LES ARTISTES PEINTRES.
En Haïti, malgré la dégénérescence relationnelle qui s’intensifie de jour en jour ( tensions, fractures sociales, conflits d’ego ) il existe encore des espaces humains où la lumière circule librement.
Deux communautés retiennent particulièrement mon attention : la communauté des Dreads et celle des Artistes peintres.
Ces deux univers, bien que différents dans leurs formes d’expression, partagent une même vibration essentielle :
une relation fusionnelle, presque cosmique, libérée de la compétition et nourrie par la reconnaissance mutuelle.
- Les Artistes peintres : créer sans écraser
Même à travers les réseaux sociaux, un fait demeure frappant :
je n’observe presque jamais de duel entre peintres.
Pas de guerre d’ego, pas de dénigrement public, pas de tentative d’effacement de l’autre.
Chaque artiste semble habité par une mission intérieure, comme si l’univers déversait en lui un excès d’inspiration si dense qu’il ne reste ni place ni temps pour la rivalité.
Il existe une loi silencieuse entre eux :
l’art de l’autre ne menace pas le mien.
Créer devient alors un acte sacré, et reconnaître l’œuvre de l’autre, un geste de maturité spirituelle.
- La communauté Dread : la reconnaissance de l’âme
Dans la communauté Dread, à laquelle j’appartiens, l’expérience est immédiate et presque mystique.
À chaque rencontre avec un autre dread — homme ou femme — quelque chose se produit sans effort.
Un amour discret, involontaire, une reconnaissance instantanée, comme si les âmes se disaient sans mots :
« Tiens donc… quelqu’un de mon espèce. Qu’est-ce qu’il/elle est beau/belle. »
Il n’y a ni comparaison ni hiérarchie.
Nous devenons presque inapercevables l’un à l’autre, non par indifférence, mais parce que la reconnaissance est déjà accomplie.
La présence suffit. Le respect est immédiat.
Une posture spirituelle, pas une marginalité
Je me sens profondément chanceuse de faire partie de l’une de ces communautés.
Non par sentiment de supériorité, mais parce que j’y ai appris la liberté intérieure, la fidélité à soi et le respect de l’équilibre universel.
Pourtant, dans le regard de certaines autres sphères sociales, nous sommes souvent catalogués comme les fous, les déréglés, les anormaux.
Surtout à cause de notre manière spirituelle de percevoir le monde, de vivre notre vie sans pression sociale, sans corset mental, sans soumission aux normes qui étouffent l’âme.
Mais ce que certains appellent folie est en réalité un choix conscient :
vivre alignés avec notre vérité, respecter les lois visibles et invisibles de l’univers, et refuser de sacrifier notre essence pour entrer dans des cases mortes.
Un appel silencieux
Mon souhait est simple, mais profond :
que d’autres communautés puissent, un jour, retrouver cette capacité à coexister sans se dévorer, à exister sans s’écraser, à différer sans se haïr.
Car Haïti n’a pas besoin de plus de contrôle,
elle a besoin de plus de conscience.
KANNARI GRANN
29 DÉCEMBRE 2025
9H50 PM