11/01/2026
Salut ! En vous souhaitant à toutes et tous une belle année 2026, il me tient à cœur de commencer celle-ci avec une mise au point intime et sincère sur mon parcours de photographe et sur ce silence qui plane sur mes réseaux depuis un certain temps. Je mets une pause à ma pratique, et voici pourquoi :
On me demande parfois pourquoi je prends moins de photos depuis mon arrivée en Alsace. Ma paternité en est une cause évidente, mais pas que. Ce n'est pas que la région manque de charme et de beauté, c'est que mon regard de photographe est resté perché là-haut, dans la verticalité minérale des Alpes.
Chaque photographe a un terrain qui le fait vibrer, une grammaire visuelle qui lui est propre. La mienne est faite de sommets acérés, de roche et de glace, d'abîmes et de cette solitude radicale que l'on ne trouve qu'en haute montagne. Car derrière l’image, il y a avant tout un amoureux des grands espaces bruts. Pour moi, la photographie est le prolongement d'une quête spirituelle, d'un besoin vital d’immensité, cette sensation d'être vivant, minuscule face à la puissance de la Nature. Sans ce souffle des cimes et cet engagement physique total, l'acte de déclencher perd de sa substance. Ce n'est pas tant une question d'altitude que d'ambiance et de caractère : je peux vibrer à 500 mètres d'altitude face à des aiguilles de granit, car j'y retrouve cette puissance du relief qui me parle.
J'aime pourtant la photographie en tant que telle : j'aime figer le mouvement de la brume, capturer la force des cascades ou la beauté innocente d'un sourire et des animaux. Mais si ces sujets me plaisent ponctuellement, seule la haute montagne m'anime réellement sur le long terme. Elle est ma passion première, mon moteur physique et mental, mon essence créative.
Ici, je me heurte à un horizon plus doux, plus forestier, plus horizontal. C'est un beau livre, mais ce n'est pas celui que j'ai appris à lire. Dans les Vosges, je ne retrouve pas ce sentiment d'aboutissement qui donnait du sens à mes images. Déambuler sur des sentiers parfaitement balisés vers des sommets aménagés et parfois bondés me donne aussi l’impression, malgré moi, de rester dans le prolongement de la ville. Sensation de saturation que je fuis d'ailleurs tout autant dans certains sites alpins très prisés durant les périodes touristiques. Là où d'autres trouvent du réconfort, je ne ressens plus ce dépaysement radical. J'ai ce besoin viscéral d'entrer dans un sanctuaire préservé où l'homme n'est qu'un invité précaire et n'a pas établi son emprise. C'est dans ces instants d'aventure — qu'ils soient vécus dans une solitude absolue ou partagés avec quelques personnes proches — que je retrouve enfin cette rupture nécessaire avec le monde civilisé.
Plutôt que de forcer le regard ou de produire des photos par pur automatisme technique, je choisis donc de ranger le boîtier un moment. Par respect pour cette belle passion, je ne veux pas la transformer en une frustration et une recherche laborieuse du "moins pire", qui s'apparente plus à une contrainte qu'à un élan du cœur.
De plus, je ressens le besoin de m'éloigner de cette déferlante d'images permanente sur les réseaux, où la perfection technique est devenue la norme. À force de voir défiler tant de clichés "parfaits" des multiples merveilles du monde, mon regard sature. Cette abondance de beauté standardisée finit par anesthésier l'émotion et m'empêche d'apprécier la simplicité de mon environnement. Trop de beauté finit par tuer l'émerveillement.
La passion ne s'éteint pas, elle hiberne en attendant de retrouver une étincelle. Merci à celles et ceux qui respecteront cette quête d'absolu.
À bientôt, dans le silence des grands espaces.