23/03/2026
Acte 1
21 mars 2026
17h45
Après presque dix heures d’observation,
après avoir ratissé chaque mètre de la montagne en face de moi,
après en être venu à connaître chaque rocher, chaque ombre, chaque ligne de crête…
Après avoir cru voir des formes humaines, puis animales,
après avoir changé de plan dix fois dans ma tête,
hésité à bouger, à monter, à descendre, à abandonner…
Et puis se dire que, de toute façon, c’est la Nature qui décide.
Que quand on croit avoir un plan, c’est rarement le bon.
Que si je pars maintenant, je ne saurai jamais ce qui s’est joué ici.
Mais que si je ne vais pas voir là-haut, je rate peut-être quelque chose…
Alors je reste.
Et soudain…
Quelque chose change.
Rien de flagrant.
Pas de bruit. Pas de mouvement évident.
Mais l’équilibre du paysage n’est plus le même.
Je fixe.
Une masse.
Là.
Elle n’y était pas sur ce rocher…
Au milieu des rochers que je croyais immobiles depuis des heures.
Cette fois, ce n’est pas mon esprit qui joue des tours.
Ça bouge.
Lentement.
Lourdement.
Avec une assurance tranquille.
Une tête se lève.
Un dos se dessine.
Une silhouette massive sort de la montagne comme si elle en faisait partie.
Un ours… Un ours enfin !!!
Enfin.
Ne pas trembler. Ne pas rater ce “clic” tant attendu.
La scène est irréelle. Une barre rocheuse. Des arbres encore nus.
Et puis…
Une autre silhouette.
Puis une deuxième.
Ce n’est pas un ours.
C’est une ourse… avec ses deux petits de l’année passée.
Sombres, presque noirs, ils tranchent avec la blancheur des rochers.
Magnifiques. Vivants. Là, devant moi.
Mais quelque chose cloche.
La mère est nerveuse.
Elle descend vite. Trop vite.
Elle perd les petits de vue, les retrouve…
Il y a une tension. Un danger invisible.
Et ici, ce n’est pas l’homme. C’est trop raide ! Inaccessible !!!
Alors quoi ?
Elle zigzague entre les rochers, brouille les pistes… Elle disparaît, ils disparaissent puis reviennent !
Les petits s’accrochent comme ils peuvent pour suivre.
Une question me traverse :
y aurait-il un autre ours derrière ?
La descente dure… longtemps.
Près de 30 minutes.
30 minutes suspendues. 30 minutes hors du temps.
Puis, doucement, ils disparaissent dans le bois,
basculent de l’autre côté.
C’est fini. Je ne les reverrai pas.
Un bonheur brut.
Intense. Presque irréel.
J’aurais signé pour quelques secondes.
Mais la montagne m’a offert bien plus.
Pendant 30 minutes, j’ai cessé de respirer… puis respiré de joie, soupiré de joie !
laissé échapper des mots, des noms d’oiseaux, sans même m’en rendre compte.
Ce 21 mars, jour du printemps, ne sera plus jamais le même.
Je ne célébrerai plus seulement le retour des beaux jours…
mais peut-être ma plus belle expérience photographique dans la nature.
📍Asturies - Espagne 🇪🇸