23/03/2024
Manuel Vimenet nous présente le travail qui sera exposé à Thouars:
IL Y A 35 ANS DÉJÀ…
Une année chargée d’évènements pour le photographe que j’étais et travaillant pour l’Agence VU alors..
Pékin mai 1989 Place Tian An Men
Les premières manifestations étudiantes démarrent fin avril 1989 place Tian an Men à Pékin. Jour après jour, la célèbre place est envahie par une foule étudiante de plus en plus nombreuse.
Les jours passent rythmés par les manifestations, les rassemblements, les concerts de nuit, les discussions, la grève de la faim d’étudiants. Pékin est une énorme fête mais de courte durée.. Puis la loi martiale a été décrétée par le pouvoir vers la fin du mois de mai.. Interdiction de se rendre sur la Place. Malgré tout une foule énorme s’y rend encore mais l’atmosphère est tendue.
Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989,Tirs d’armes automatiques.. chars écrasant des manifestants, corps disloqués.. je fais quelques images , l’hôtel ou je loge est bloqué par l’armée, je me réfugie dans un autre. Je ressors au petit matin sans être contrôlé. Je rejoins mon hôtel mais dans le hall un comité d’accueil composé d’une vingtaine de soldats armés me fouillent et ramassent tout ce qui ressemble à une pellicule. Images perdues.
Que sont devenus mes amis étudiants avec qui j’ai festoyé un soir de ce beau printemps?
Berlin novembre 1989
Sur place pour un reportage à Berlin Est..une semaine avant la chute du mur.
Premiers contacts avec des artistes dissidents . Je retrouvais l’un d’eux un matin, Volker, yeux rougeoyant : le ministère des affaires étrangères venait de lui signifier son refus qu’il parte voyager à l’Ouest. Le soir même, dans la nuit du 9 au 10 novembre, à une cinquantaine de mètres de chez lui, la première brèche dans le Mur de Berlin s’ouvrait. Je le retrouvais plus t**d dans la nuit, il en était à son troisième passage entre l’est et l’ouest, quelque peu éméché.
"Je ne veux pas habiter à l’ouest, juste voyager comme bon me semble.Tu vois la bureaucratie était en ret**d sur l’histoire en refusant mon passeport ce matin !".
Il n’était pas si facile de démolir cette forteresse de béton à simples coups de pioches.
La fin du “Bloc de l’Est” était proche.
Bucarest décembre 1989
Je flâne dans la ville, librement. Des tirs sporadiques se font encore entendre, Le dictateur Ceaucescu est en fuite...
Quelques semaines plus tôt, il aurait été impossible de parcourir ces rues librement . A coté de palais somptueux réservés à l’ancienne élite vit une population dans une précarité déconcertante . Files d’attente interminables dans l’espoir d’avoir accès à une baguette de pain ou une bouteille de gaz, usine délabrée ou certains soudeurs travaillent sans masque .
Un professeur rencontré au hasard au coin d’une rue m’amène dans un grand cimetière de la ville. Les enterrements s’enchaînent les uns après les autres. Les familles des défunts, lorsqu’elles apprennent ma nationalité et fonction.. ouvrent les cercueils: regardez, photographiez ce que les troupes de Ceaucescu ont fait à nos enfants, à nos maris..
Les traces de la dictature n’ont pour autant pas disparu. A l’hôtel ou je loge je découvre, peu avant mon retour en France, des micros cachés dans le faux-plafond de ma chambre . Celle ci était réservée, sous la dictature, aux touristes étrangers...