20/10/2026
ET SI DEMAIN, C'ÉTAIT MA PETITE BOUTIQUE ?
Depuis ce week-end, je regarde ces images de commerces saccagés, de vitrines brisées, de bâtiments incendiés… Et je ne peux pas m'empêcher de penser à ma petite boutique de photographie.
Cette boutique que j'ai ouverte il y a un peu plus d'un an, à Saint-Quentin-Fallavier.
Pour certains, ce n'est qu'un petit commerce de village, une enseigne parmi d'autres, quelques mètres carrés derrière une vitrine.
Mais pour moi, c'est tellement plus que ça.
C'est un projet que j'ai porté, des investissements, des sacrifices, des journées à rallonge, des soirées à réfléchir à comment développer mon activité, attirer de nouveaux clients, proposer de nouveaux services et simplement réussir à vivre de mon métier.
C'est aussi beaucoup d'incertitudes. Des mois où il faut compter chaque euro, des charges qui tombent quoi qu'il arrive, des moments de doute, mais toujours cette envie de continuer et de croire en ce que je construis.
Je n'ai pas une grande entreprise derrière moi. Je n'ai pas des réserves financières qui me permettraient de tout recommencer du jour au lendemain.
Je suis simplement un petit artisan photographe qui essaie de faire vivre son commerce, honnêtement, avec ses moyens et beaucoup de volonté.
Alors quand je vois des vitrines explosées, des commerces pillés ou incendiés, je ne vois pas seulement des dégâts matériels.
Je vois des années d'efforts qui peuvent disparaître en quelques minutes.
Je vois un commerçant qui, comme moi, a peut-être tout investi dans son activité.
Je vois quelqu'un qui risque de se retrouver le lendemain devant son magasin détruit, sans savoir comment il va payer ses factures, retrouver ses clients ou simplement continuer à travailler.
Et je me pose cette question : si demain c'était ma boutique, comment je ferais ?
La réponse me fait peur.
Parce que même si je suis assuré, je sais très bien que financièrement, je pourrais ne jamais m'en relever.
Et ce qui me bouleverse, c'est de penser que quelqu'un pourrait détruire en quelques minutes ce que j'ai mis des années à construire, sans même connaître mon histoire, mes difficultés ou les sacrifices que représente cette petite boutique.
Je ne suis pas un homme politique. Je ne cherche pas à défendre un camp contre un autre. Je respecte profondément le droit de manifester, de revendiquer et d'exprimer sa colère. Et je peux comprendre que des personnes soient en difficulté ou en colère contre certaines décisions.
Mais en quoi détruire le commerce d'un petit indépendant fait-il avancer une revendication ?
En quoi briser une vitrine, incendier un magasin ou détruire un bâtiment public apporte-t-il une solution ?
Je suis contre toutes les formes de violence. Je ne souhaite pas que l'on réponde à la violence par davantage de violence.
Mais je voudrais aussi que notre pays soit capable de protéger celles et ceux qui ne demandent rien d'autre que de travailler, de vivre dignement et de préserver ce qu'ils ont construit.
Je pense à tous ces petits commerçants qui ont vécu ces événements, à ceux qui ont eu peur derrière leur vitrine, à ceux qui ont découvert leur outil de travail détruit au petit matin.
Je pense à leur découragement, à leur inquiétude pour l'avenir et à cette terrible question : est-ce que je vais pouvoir continuer ?
Aujourd'hui, ma boutique est là. Chaque matin, j'ouvre ma porte, j'allume mes lumières, j'accueille mes clients et je continue à construire, petit à petit, quelque chose auquel je tiens énormément.
Ce n'est peut-être pas grand-chose aux yeux de certains.
Mais pour moi, c'est ma fierté, mon indépendance, mon gagne-pain et une partie de ma vie.
Alors à l'approche de nouvelles manifestations, je veux simplement rappeler une chose :
Derrière chaque petite vitrine, il y a une personne. Une histoire. Des sacrifices. Des inquiétudes. Des rêves aussi.
On peut manifester, être en colère, défendre ses convictions. C'est un droit essentiel que je respecte.
Mais personne ne devrait avoir le pouvoir de détruire, en quelques minutes, le travail et l'avenir d'un autre.
Je ne demande pas qu'on empêche les gens de manifester.
Je demande simplement qu'on nous laisse, nous aussi, le droit de travailler et de construire notre avenir en paix.
Votre photographe de proximité à Saint-Quentin-Fallavier