19/11/2021
[Récit 1/2] Ce soir là, lorsque j ai entendu sonner le téléphone, j ai su que l'attente de ces derniers jours prenait fin.
J'ai pris le temps de me changer, de manger, de vérifier une dernière fois mon matériel.
Je n'ai pas attendu longtemps ensuite "tu peux partir Laurianne". J'ai embrassé ma fille, mon mari, et je suis sortie.
Dehors, je me suis enfoncée dans une brume cotonneuse, silencieuse. C'était comme si la forêt avait chuchoté aux arbres de taire le bruissement de leurs feuilles, et au vent de cesser son murmure. C'était comme si la forêt retenait son souffle.
Je suis arrivée.
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Je frappe doucement à la porte. Justine m'ouvre et me chuchote de me préparer dans la cuisine.
Par terre, des bâches protègent le sol. Dans la cuisine une p*scine est gonflée, vide pourtant. Partout, ce silence, ces pas feutrés, cette langueur, cette attente.
La sage-femme est déjà là. Elle me dit de me presser.
J'entre dans la chambre, qu'une ligne de néon éclaire tendrement. Douceur, chaleur.
Les deux femmes aident Svetlana à s'allonger sur le lit, un peu de côté. Alexis s'approche d'elle, pose ses mains sur son front, son visage tout près du sien.
J'aperçois les serviettes, les bâches sous les draps, le monito sur son joli ventre rond.
"Pousse Svet ! "
Un cri déchire le silence. Le cri d'une femme, puissante, le cri d'une femme qui depuis la nuit des temps enfante, le cri d'une femme qui va donner la vie.
Je les vois qui s'agrippent l'un à l'autre. Svetlana pousse, son visage se crispe, sa main serre celle d'Alexis.
Tout se passe si vite.
On aperçoit la tête... elle pousse encore, voilà, trois fois...
Ils sont sonnés, étourdis. Leur bébé, déjà là. Je vois les larmes d'Alexis, je sens leur émotion à tous les deux. Ils ne réalisent pas encore.
Elle est belle, déjà presque rose, toute potelée, les yeux grands ouverts. Bienvenue, petite Alma.
Tout de suite la voici contre sa maman, son monde, sa maison. On aide Svetlana à retirer son T-shirt et Alma se love contre sa peau.
On félicite Svetlana. Elle n en revient pas. Lui non plus. "Tu l as fait!" "Tu as géré "!
" Je suis fière" dit humblement Svetlana. Elle qui craignait la douleur l'a faite sienne, l'a laissée la guider jusqu'à sa fille, l'a laissée la submerger, parfois, pour la porter jusqu'à la fin.