06/12/2025
Salut,
Je crois bien qu'aimer c'est voir grand. Voir grand en général. Là où nos insécurités nous font tournoyer dans le doute, nous plongent dans des abîmes de détails en forme de mâchoires sauvages, l'amour retient l'essentiel. Et l'essentiel est plus immense encore que l'univers.
Sentez-vous l'énergie de la division ? Elle est là, depuis longtemps et vient rogner chaque jour l'autre en soi-même, les autres en soi-même. On le sent. On se sent seul, héros malheureux d'un monde aux antipodes de ce qu'on pense être. Mais est-ce vraiment la faute du monde si nous sommes si recroquevillés ? N'est-ce pas plutôt nous qui avons répudié la joie ? La joie d'être en vie, de pouvoir s'exprimer, rire, se confier, créer ?
Rencontrez vous quelqu'un, par hasard, qui vous intéresse et qui, au fil du temps, se fissure de ses imperfections, de ses maladresses et finit par se ternir, inéluctablement, car il ne renvoie plus l'image idéalisée que votre ego vous a fait miroiter ? Cherchons-nous vraiment l'autre ou le faire-valoir ? Le paysage frontal du quotidien ou la surface froide d'un tableau de maître ?
Et la division s'attaque aussi à soi-même. On se découpe en mille morceaux constamment. Combien se torturent du miroir avec l'âge ? Une ride par là, une peau distendue, une cicatrice qui ressort, une phrase prononcée qui vous ramène au grand père méchant détesté par tout le monde... La moindre peccadille de travers fait l'objet de ruminations aussi ridicules que dévastatrices.
On a tellement peur qu'on a bridé la spontanéité. Je me souviens d'un élément marquant de ma vie. Moi qui étais si timoré tout le temps... Avec ma mère nous étions allé voir ma grand mère à l'hôpital. Au moment de partir, ma grand mère devait aller dans la réfectoire pour déjeuner. Le temps qu'on se prépare elle était déjà partie. En descendant, j'ai demandé à ma mère où donc était mémé. Elle me l'a montrée du doigt. Je suis allé la voir, devant tout le monde j'ai traversé le réfectoire. Même si cela fait plus de 10 ans, j'entends encore distinctement les mots de ma mère :
"
- Mais ?! mais qu'est-ce qu'il fait ? Où il va julien ?!"
Je suis allé voir ma grand mère. Je l'ai embrassée sur la joue. ça l'a surprise. Tous les petits vieux autour ont réagi, ont souri. J'avais envie de le faire. Je l'ai fait, sans me poser de question.
Quelques jours plus t**d, elle décédait. Si je n'avais pas vu grand, plus grand que moi. Si je n'avais pas surpassé la rigidité de ma mère derrière, j'aurais porté ce regret longtemps. Enfin bref.
Voir grand. Se dire que oui, nous sommes chacun les heureux propriétaires de reds flags que nous cachons tant que possible jusqu'à ce qu'ils sortent, comme ça, dans le naturel du jour, et qui nous accablent. Ce n'est pas grave. Qu'on te prenne pour un imbécile, quelqu'un de chelou, de je ne sais quoi, c'est difficile, souvent. Et il n'y a qu'un seul remède à tout cela : voir grand.
Oui, nous gagnons. Oui, nous échouons. Oui, nous nous surestimons avant de nous morfondre dans l'autoflagellation. Oui, oui, et oui. Nous sommes la gloire, la boue, comme la planète dont nous foulons l'écorce abrite des peuples courageux, amicaux, pervers ou lâches. Et pourtant... lorsque l'astronaute regarde notre planète depuis l'espace, il la trouve sublime.
Vois grand, mon ami(e), et tu verras qu'au fond, ça suffit.
Bisous les lucioles !
Juju