15/02/2024
Ma maison d'édition ? (ou comment je me détache de Facebook)
Je reprends la main sur mon journal de bord : un espace virtuel intime que je souhaite politique et réflexif.
Je l’ouvre à nouveau en février 2024.
Je veux parler de tout ce qui me traverse.
Réunir ce qui m’enchante.
Partager ce que je regarde, ce qui me regarde.
Une histoire de ma présence en ligne
Enfant d’internet et citoyen engagé, j’ai besoin de photographier et d’écrire. J’ai vécu comme mes semblables un inévitable et sinueux parcours avec les réseaux virtuels d’informations de ce début de siècle.
Dans les années 2000, je publiais sur des galeries personnelles en PHP, sur des sites codés à la main en HTML, sur les forums communautaires ou des listes de discussions. J’animais, par exemple, Le Tartiflette Crew 01 (mon crew de skieur), Contre-Faits (un collectif de photographes activiste) ou feu Indymedia Grenoble (journal collaboratif militant).
En 2008, établis comme photographe, j’ouvrais un photoblog en marge de mon site professionnel et j’en annonçais la naissance ici.
En 2014 pourtant, j’y postais mes dernières photos du lundi qui rythmaient mes semaines. Le blog s’endormait.
10 ans plus t**d, en 2024, je me retrouvais aspiré et névrosé par des réseaux sociaux qui sont devenus synonymes d’internet : Facebook, Instagram, Twitter et LinkedIn. Les forums et les listes ont disparu, remplacé par les groupes Facebook et les flux de commentaires sous publications éphémères.
Massifs au début des années 2010, ces réseaux ont peu à peu absorbé tous les créateur·rice de contenus, blogueur·euse, journalistes, photographes, auteur·rice et artistes.
Je suis photographe, et je plongeais dans leurs utilisations pour diffuser et promouvoir mon travail en adoptant des stratégies de marketing afin de valoriser mon influence. Le tout dans l’espoir de cultiver un réseau pourvoyeur de commande et de partager des idéaux. L’audience s’y trouvait. Le débat public s’y jouait.
Dans le même temps, ces plateformes se rachetaient les unes les autres et devenaient de plus en plus puissantes et incontournables.
Nous étions à leurs mercis : censure des corps et des idées, changement fréquent d’algorithmes et de règles de fonctionnement, impermanence des formats de publications (maintenant les Réels), impossibilité de mettre en valeur ses archives. Nous devions composer avec un système d’édition fermé (impossible à une époque de poster sur Instagram sans smartphone).
Pour bâtir et maintenir une communauté active, déterminée par les likes et les followers, on devait se montrer sans cesse agile, s’adapter, jouer les règles du jeu défini par les intérêts d’entreprises capitalistiques.
Tout un écosystème de formations, de spécialistes, de ressources ou de pratiques s’est mis en place dans le seul but de savoir communiquer et user efficacement des grands réseaux sociaux capitalistiques qui monétisaient sans relâche nos œuvres.
J’ai compris à la rentrée 2024 que je ne pourrais ni ne souhaitait continuer à jouer ce jeu. C’est peine perdue. Cela ne me convenait pas. Mais je ne voyais pas encore pourquoi. À la faveur d’une énième crise de confiance dans l’époque, c’est la lecture d’un essai d’Harmut Rosa « Aliénation et accélération » (2010) sur le temps qui m’a convaincu et offert le déclic du changement.
La suite de ma réflexion et ces petits changements sont ici désormais :
Je reprends la main sur mon journal de bord : un espace virtuel intime que je souhaite politique et réflexif. Je l’ouvre à nouveau en février 2024.Je veux parler de tout ce qui me traverse. Réunir ce qui m’enchante. Partager ce que je regarde, ce qui me regarde.