13/06/2026
Le mystère de la statue de la rue Gautier Ier enfin résolu ?
Depuis plus de 120 ans, elle veille silencieusement sur la rue Gautier Ier.
Avec sa posture fière et sa tête légèrement inclinée, cette mystérieuse statue observe les passants nemouriens sans jamais révéler son histoire. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Que tenait autrefois cet enfant dans sa main aujourd’hui brisée ?
La question n’est pas nouvelle. Il y a quelques années déjà, certains avaient tenté d’en percer le secret, sans succès. Faute de mieux, une hypothèse s’était imposée : l’œuvre aurait été réalisée par le sculpteur nemourien Sanson, qui vécut à quelques maisons seulement de son emplacement actuel.
Une idée séduisante… mais fausse.
Après de longues recherches, l’étude de l’œuvre elle-même, l’identification des habitants successifs de cette adresse, l’exploration de la piste Sanson et le croisement de nombreux documents anciens, le puzzle a fini par prendre forme.
L’auteur de la statue n’est autre que Mathurin Moreau (1822-1912), l’un des sculpteurs français les plus réputés de son époque. Deuxième Prix de Rome en 1842, il appartient à cette brillante génération d’artistes du XIXᵉ siècle qui ont marqué durablement le paysage urbain français.
Petite curiosité : dix-neuf ans plus t**d, le Nemourien Sanson remportera à son tour le Premier Prix de Rome. Une simple coïncidence… ou l’un des éléments expliquant pourquoi leurs noms ont fini par être associés ?
La statue date des environs de 1860. Elle représente un jeune Égyptien portant une torche surmontée d’un dispositif lumineux. L’œuvre connut un certain succès puisqu’elle fut reproduite en série par la prestigieuse Fonderie d’Art du Val d’Osne, célèbre notamment pour les fontaines Wallace ou encore plusieurs modèles de candélabres parisiens.
À cette époque, les villes françaises raffolent de ces sculptures décoratives produites en fonte d’art. Elles ornent places, jardins, commerces et bâtiments publics.
Mais comment l’une d’entre elles s’est-elle retrouvée à Nemours ?
La réponse se trouvait peut-être dans l’histoire et les images même de l’immeuble.
Les recherches dans les recensements ont révélé qu’après 1880, cette adresse fut occupée pendant plusieurs générations par une famille de bijoutiers-horlogers. Puis sont apparues des photographies anciennes datant des années 1900.
Et là, détail révélateur : la statue ne porte plus une lumière.
À la place de la torche figure une petite pendule.
Cette observation a depuis été confirmée par la bijoutière qui exerce encore aujourd’hui à cette adresse et un ami de plus de 80 ans incollable sur l’histoire de Nemours.
Tout semble alors s’éclairer.
Il est probable qu’entre 1880 et 1900, l’horloger bijoutier Ferdinand Joseph Vannes ait acheté cette statue produite par la fonderie du Val d’Osne pour en faire l’enseigne de son commerce. La torche d’origine aurait été remplacée par une horloge visible depuis la rue, transformant ainsi une sculpture décorative en véritable support publicitaire.
Au fil du temps, l’horloge a disparu. Puis la main qui la portait s’est brisée.
La statue, elle, est restée.
Une dernière interrogation demeure cependant. Sanson a-t-il joué un rôle dans l’acquisition de cette œuvre ? Connaissait-il son propriétaire ? A-t-il influencé son choix ? À ce jour, aucun document ne permet de l’affirmer, mais la question reste ouverte.
Plus d’un siècle après son installation, le mystère principal semble néanmoins résolu.
Le jeune Égyptien de la rue Gautier Ier n’est pas une œuvre locale oubliée, mais l’un des nombreux exemplaires d’une sculpture de Mathurin Moreau diffusée dans toute la France à la fin du XIXᵉ siècle.
On retrouve encore aujourd’hui d’autres exemplaires de cette œuvre à Paris(dans une cour privée), à Lunéville, chez des collectionneurs privés ou en vente sur des sites spécialisés.
Et tandis que les passants continuent de lever les yeux vers lui, le jeune Égyptien poursuit sa garde silencieuse au-dessus de la rue Gauthier Ier, devenu à son tour un petit morceau du patrimoine nemourien.
Ci-joint:
la photo de la statue aujourd’hui
quelques documents "preuves" qui m’ont permis de résoudre ce mystère .
Ville de Nemours