15/10/2019
À mes grands parents
Je pensais écrire une lettre différente pour chacun mais je me rends compte que je vous dirais la même chose. Quand vous lirez cette lettre, je serais déjà partie. Vous prévenir avant m’aurait sans doute fait changer d'avis. La culpabilité, la peur, votre incompréhension m'aurait envahie. Je ne sais même pas par où commencer... le début sans doute ! Je suis née dans la mort . Je ne peux pas vous en vouloir, la vie a pris papa! Mais dès le départ, le monopole de la souffrance était tourné que vers une seule personne et ce n'était pas moi. Ballottée et encombrante, vous étiez déjà sans solution, centré sur vous-même. Car être la, vous obligeait à voir la réalité et les fautes que vous avez causées. L'égoïsme et l'individualité dont vous avez fait preuve a fait de votre fille, la mère qu' elle a été... Vous êtes responsables de sa maladie, de ses manques et de sa folie. Je ne peux pas vous blâmer car au final, passer sa vie à soigner quelqu'un, c est notre propre vie que l'on met de côté.
Je me rends compte à présent que mon existence n'a servi qu' à protéger vos absences et être au centre de conflits et de non dits bien plus ancien que ma naissance. J'ai grandi en pensant que je devais soutenir maman suite au décès de papa car personne ne m’a jamais dit qu'elle était malade bien avant cela. Je n’ étais jamais assez bien , jamais assez Jolie, polie,…. Car personne n était là et maman ne me l'a jamais dit encore aujourd'hui….
Elle était épanouie dans les bras d'un homme, puis un autre,…. Et puis, Stef est arrivé et là, l’enfer a commencé. La boisson, les cris, les coups, les disputes, les insultes. Cette façon de me faire croire qu' elle me protégeait. A présent, je sais que je n’ étais que son excuse pour vivre et détruire son couple. J'ai espéré tant de fois que l'on vienne me sauver, tant de fois j' ai prié. J'ai cru exister pour Stef, il était là , malheureux, noyé dans l' alcool et avait besoin de moi. Et ma mère , je la trouvais odieuse avec lui. J’ ai cru lui donner et apporter ce qu'elle ne lui apportait pas. Mais à 6 ans, l'amour ne devrait pas ressembler à ca. J’étais en manque de maman et ses moments de lucidités étaient trop courts. Je me suis détestée d’avoir envie d'eux, d’être à sa place car mon regard d' enfant pensait que le sexe était ce que je devais penser et faire pour exister. Les hommes ont défilé, la peur du noir, des bruits, du danger. La peur qu’elle se tue. J'ai cru durant 30 ans la sauver , réparer sa vie. J' ai cru que la maladie était soignable . Je pensais que les gens avaient droit à une deuxième chance, que je pouvais les sauver, et me faire exister en même-temps.
A présent, je sais que mes certitudes n’étaient fondées que sur des mensonges et une réalité imposée. Vous m'avez volé 30 ans de ma vie, mon identité, mes croyances et seule face à cette m***e qui faisait éclater ma tête. Je ne sais plus qui je suis, pourquoi je dois vivre car je ne sais plus voir le jour depuis que je me souviens de l' obscurité…
Je suis toujours là, à son écoute avec toutes ses peines et maux à votre place. Vous êtes lâches, victimes de votre égocentrisme et incapable de voir ce que vous avez causé. En restant, c’ est ma vie que je tue , en partant je l'abandonne. Avec cette peut qu'elle se foute en l'air. Parce que je sais qu’elle ne pourra pas compter sur vous, qu' elle a peur de vos jugements, de vos absences.
Pour moi à présent, l'amour, mon couple, tout cela est devenu utopique. Croire que je pouvais construire en étant vide d’identité, vide de la vérité, de la famille, de l'amour. Je ne peux pas construire ce que vous n’ avez pas pu créer.
Je suis à bout de forces, d' énergie et d' envie. Je pars en aillant envie de crever. Je ne sais pas ce que je vais devenir, ce que je vais faire de ma vie car j’ ai perdu le sens de la vie. J’espère que mon départ vous fera comprendre votre rôle et vos responsabilités et enfin de voir qu'elle a besoin de vous….
Signé : « A…