14/03/2024
"Après une heure et demie, nous y étions. Les portes de l'enfer nous faisaient face. Le soufflet de neptune de leur nom officiel; la bouche du dragon pour les connaisseurs. Voilà les trois noms que les premiers explorateurs ont donnés à cette brèche dans la caldeira. Derrière, un havre de paix. L'une des baies les plus protégées du continent.
Nous nous approchons de la falaise au nord de l'entrée, longeant le pilier Pete dans le but d'éviter la sournoise roche Ravn, nommée par Charcot lui-même. Au sud, à Entrance point, des épaves de navires moins chanceux nous rappellent où nous sommes.
L'histoire du navire argentin est tragique.
En 1957, lors du nouvel an, ce bâtiment s'est échoué en tentant d'éviter un bateau à vapeur. L'équipage du bateau à vapeur, voyant celui argentin faire des signes et criant, pensa alors qu'il s'agissait simplement de célébrations de joie pour le passage à la nouvelle année, les laissant à leur triste sort.
Pour eux, l'île de la déception a dû porter son nom.
Pour moi, en revanche, certainement pas. Lorsque nous passions les portes de l’Enfer, arrivés à la fin, je regardais en direction de l'historique baie des baleiniers.
On y trouve les reliques d’une ancienne station de baleiniers construite en 1906, d’une station scientifique Britannique et d’un hangar à avion avec sa piste de décollage donnant autrefois naissance aux premiers vols transantarctiques en 1928.
L’île a été définitivement abandonnée dans les années 60, jugée trop dangereuse pour un établissement complet à la suite de deux éruptions.
Dire que les paysages sont ici surréalistes sonne presque comme une insulte à la beauté transcendante du contraste parfait nous entourant. Et c’est dans cette ambiance lunaire que Yumi, Rhian, Chloé et moi avons exploré les décombres des bases environnantes.
Alors que je les suis dans ces vestiges du passé, je suis frappé par l'improbabilité de ce qu’il se passe. Me voilà en train de réaliser une exploration urbaine d'une base scientifique Antarctique avec 3 petites filles âgées de 8 à 12 ans.
Quelle vie.”
Extrait de mon carnet d'expédition à bord de l'Infinity, dans la baie de l'île de la déception, Antarctique.