27/07/2026
Avez-vous remarqué que les oiseaux se taisent depuis quelques jours ? Sont-ce les pesticides qui ont eu raison de nos amis ? La chaleur ? Réponse dans le texte qui suit.
"Comme chaque printemps, les oiseaux ont chanté.
Au sommet d'un buisson, sur le faîte d'un toit ou sur la tête de ma voisine, n'importe quel support est prétexte, au printemps, à siffler sa grandeur, à afficher ses attributs.
Dans ces cas-là, il n'est guère rare de croiser un oiseau avec un tee-shirt moulant GUESS pour montrer ses gros muscles.
Normalement, donc, les oiseaux chantent.
Oui, mais voilà : cet été, il s'est produit ce fait curieux que les oiseaux se sont tus.
Au début, j'ai mis ce silence au compte des fortes chaleurs. Quand il fait chaud, les oiseaux sont comme nous : ils se foutent devant Netflix avec une bonne binouze et la clim' à fond.
'Sont fans de Pedro Pascal. Ils regardent ses films en hurlant "Ca**ón ! Una otra ce***za !"
Mais là, point d'oiseau. Telle fut ma tristesse que je préparai des obsèques et convoquai les journalistes du monde entier.
Il y eut foule, comme on dit, et tous nous fîmes l'effort de sourire malgré l'émotion qui étreignait nos cœurs.
Mais des oiseaux, il y en eut soudain. Le lundi qui suivit les obsèques, ils apparurent, une dizaine de volatiles, en rang d'oignon sur un muret.
J'accourrai et, incapable de me retenir plus longtemps, je fondis en larmes devant ce miracle. Ma joie fut complète.
Jusqu'à ce qu'ils m'insultent.
"Stupide crétin benêt, dirent-ils, on n'était pas morts, on MUE !"
Je m'approchai. Un frisson me parcourut l'échine : ces oiseaux, c'était la cour des miracles : l'un n'avait plus une plume sur le sommet du crâne, aussi ressemblait-il à un moine avec cette tonsure prodigieusement ridicule. Un autre n'avait même plus de plume du tout sur la tête, tandis qu'un autre encore avait une aile complètement dégarnie.
"Vous avez conscience que ça devient n'importe quoi, les gars?" dis-je.
Autant de laisser-aller m'indignait. Je leur proposai un soin capillaire maison : un massage ayurvédique à base de feuille de laurier-sauce imbibée trois heures dans de la graisse de canard confit, le tout arrosé d'un petit vinaigre balsamique, vous m'en direz des nouvelles.
"Mais non, sac à m***e ! Nos plumes se sont usées. Entre la défense du territoire, la traversée des nichoirs étroits, le soleil, les frottements avec la végétation, le lissage, les plumes s'usent chaque printemps !"
Un autre poursuivit : "Même la nature n'a pas su inventer un matériau immuable. Alors, lorsque les plumes sont trop usées, vers le milieu de l'été, un grand renouvellement s'opère."
Un troisième ajouta : "Ces nouvelles plumes seront plus chaudes et nous permettront de passer l'hiver, ou bien de migrer vers des contrées plus accueillantes. Chez certains, ces nouvelles plumes cachent même les motifs du plumage nuptial, motifs qui se révèleront au printemps suivant, par usure des extrémités des plumes !"
Un dernier ajouta : "Et si tu te demandes quel est le rapport avec le silence des oiseaux, il est très simple : le renouvellement du plumage demande beaucoup d'énergie. Par ailleurs, tu t'en doutes, avec moins de plumes, nous volons moins bien. Alors, plutôt que de chanter au sommet d'un buisson, nous nous cachons en son sein pour éviter les prédateurs que nous aurions du mal à fuir."
Bon, il fallait fêter ça. C'est ainsi que les oiseaux et moi, on s'est retrouvés sur mon canapé avec des bières et des chips. On a regardé Pedro Pascal et franchement, c'était vachement cool.
En photo, une Bergeronnette grise. Si vous zoomez, vous verrez son crâne dégarni : c'est ça, la mue !