La gazette de la faune sauvage

La gazette de la faune sauvage La faune sauvage de France en forme de récits.
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Il existe un être qui vit reclus dans les hauteurs minérales du monde. Il observe les humains s’agiter dans leurs fourmi...
02/08/2026

Il existe un être qui vit reclus dans les hauteurs minérales du monde.

Il observe les humains s’agiter dans leurs fourmilières de bruit et de béton, à l’écart, à l’abri.

L’évolution l’a éloigné de notre univers.

Elle l’a placé dans les ruines et sur les crêtes, faisant de lui un être de roche.

Souvent juché sur un monticule, point bleu pâle sur le calcaire immaculé, il était naturel de le nommer Monticole bleu. Solitaire, il était naturel de le nommer Monticola solitarius.

Je suis parti à sa recherche.

Longtemps cet oiseau bleu, épris du soleil, m’a fait gravir le Puech sur lequel il avait jeté son dévolu.

Longtemps il n’a été pour moi qu’un point bleu pâle.

Je le voyais, anomalie dans l’éclat aveuglant des rochers nus, perché sur son roc ou voletant avec l’ardeur impétueuse de celui qui a faim.

D’insectes je l’ai vu se nourrir, se propulsant en l’air, exécutant de périlleuses et complexes figures acrobatiques.

"Depuis les hauteurs de la falaise, on a une douce saveur d’éternité", m’a-t-il dit. Je l’ai cru.

Alors, je l’ai suivi. Je voulais goûter à cette saveur.

Il m’a emmené le long d’un petit chemin à peine visible, comme gommé. Le genre de chemins que personne ne prend jamais.

Voletant au fur et à mesure que je marchais, il a fini par se poser sur une pierre et n’en a plus bougé. Il m’a désigné un promontoire et m’a invité à contempler le monde.

Ensemble, nous avons médité (photos 1 & 2).

Puis, quand il en a eu marre, il m’a montré son cul (photo 3).

J'ai organisé un concours de saut.L'idée était simple : je voulais humilier tous les sales gosses du quartier en leur mo...
31/07/2026

J'ai organisé un concours de saut.

L'idée était simple : je voulais humilier tous les sales gosses du quartier en leur montrant que mon bébé de 11 mois sautait plus haut qu'eux.

Pour m'assurer de gagner, j'avais entraîné mon bébé de 11 mois :

Tous les matins, je le contraignis à sauter sur-place dans le jardin.

Lorsque ma femme s'aperçut qu'il sautait toujours devant le mur de
séparation avec les voisins, et qu'en plus je lui avais greffé une caméra sur le crâne, elle en retira la carte SD et s'aperçut qu'il n'y avait là que des films de ma voisine en train de faire son yoga en petite tenue.

On la voyait, on la voyait plus, on la voyait, on la voyait plus.

Ma femme me passa un savon.

Changement de stratégie : je fis aller mon bébé à la salle de muscu quatre fois par semaine.

Avant chaque séance, hop petite piquouze de testostérone ni vu ni connu, tu m'en diras des nouvelles.

Mon bébé se mit à siffler toutes les femmes qui passaient dans la rue et à chaque fois qu'il allait à la salle, il déclarait qu'il allait "pousser de la fonte de bât**d, bébé".

Ma femme me remonta les bretelles, comme quoi qu'on pique pas un bébé de onze mois aux hormones, que c'est pas un poulet industriel.

Mon bébé ne sautait toujours pas.

Déprimé, je bus une bière. Puis une autre. Puis une autre encore. Et
quand j'ai trop bu, vous le savez, je parle aux animaux.

Je me retrouvai donc à quatre pattes dans le jardin, face à une araignée
saltique.

"Tdtfoi, t-t-t-'as pas ce genre de brblème", que je lui dis.

Alors, elle m'expliqua : les araignées saltiques étaient connues pour...
sauter. Elles étaient capables de se propulser sur une distance de
plusieurs dizaines de fois la longueur de leur propre corps !

Cela sans aller à la salle ? Comment diable pareil prodige pouvait-il se
produire ?

- Dans notre corps, dit l'araignée, nous avons un fluide : l'hémolymphe. C'est un peu comme le sang chez vous.

Lorsque nous voulons sauter, nous contractons brutalement nos muscles, principalement du céphalothorax, c'est-à-dire la partie avant de notre corps. Cela chasse l'hémolymphe qui doit bien aller quelque part : alors elle file dans nos pattes.

Là, comme elle arrive brutalement et avec beaucoup de pression, elle crée une détente explosive des pattes, ce qui nous propulse sur une distance
que nous pouvons ajuster en fonction du déplacement que nous voulons faire, ou de la position de la proie que nous voulons attraper !

Je restai silencieux.

Nous nous regardâmes pendant une bonne minute.

— Donc, le secret est dans les pattes.

— Entre autres.

— Et dans la pression de l'hémolymphe.

— Aussi.

— Donc si je veux faire sauter mon bébé plus haut...

L'araignée leva une patte.

— Je sais exactement l'idée stupide que tu es en train d'avoir.

Je souris.

— Tu vas fabriquer des chaussures avec des araignées.

Je claquai des doigts.

— Des semelles !

— Et m***e, qu'elle dit.

— Des semelles faites d'araignées saltiques !

— Ouais, j'ai compris…

Vint le jour du concours.

J'avais capturé pas mal d'araignées : chaque semelle en contenait
exactement deux cent cinquante-six.

Deux cent cinquante-six micro-sauts additionnés. Selon mes calculs, ça
allait envoyer du lourd.

Les enfants passèrent les uns après les autres.

— Trente-sept centimètres.

— Quarante-deux.

— Cinquante.

Les parents applaudissaient.

Moi, je ricanais.

Mon fils s'avança. Onze mois, une couche et une tétine. Il dit : "Gné !"

Le départ fut donné.

Mon bébé plia les genoux.

Sous ses pieds, les deux cent cinquante-six araignées de gauche
regardèrent les deux cent cinquante-six araignées de droite.

Mon bébé cria :

— Hémolymphe ! (il est HPI)

Mais si je crus que mon bébé allait se propulser dans les airs, il n'en fut rien : il demeura sur place.

L'araignée que j'avais rencontrée plus tôt grimpa sur mon épaule.

— T'as oublié un détail, mec.

— Lequel ?

— Les araignées sautent...

— Oui ?

— ...vers ce qui les intéresse.

Et m***e.

Photo macro d'une saltique prise aujourd'hui. Si les connaisseurs peuvent spécifier l'espèce en commentaire... 🙂

Une créature fascinante.Non, ces étranges corolles pédicellées ne sont pas des champignons !Ce sont des œufs - ici éclos...
30/07/2026

Une créature fascinante.

Non, ces étranges corolles pédicellées ne sont pas des champignons !

Ce sont des œufs - ici éclos, on le voit à l'ouverture sur l'apex de
l'ensemble - de chrysope.

Un insecte aussi fin et délicat que ses œufs.

L'insecte pond souvent à proximité d'une colonie de pucerons.

C'est là que ça devient intéressant : les larves juste nées possèdent
des pinces buccales avec lesquelles elles vont attraper des pucerons,
les vider de leur substance et…

… mettre sur leur dos la carcasse vidée pour se camoufler.

J'ai eu plusieurs pontes sur l'un de mes pêchers, et j'ai eu la chance
aujourd'hui, pendant une sortie macro, de découvrir ces œufs éclos.

29/07/2026

Cela passe presque inaperçu tant c'est devenu banal, mais les 40°C ont de nouveau été largement dépassés en France aujourd'hui.

On m'a déjà fait remarquer une quinzaine de fois qu'il fallait que j'arrête de parler de températures « exceptionnelles », puisqu'elles ne le seraient plus vraiment. Qu'il fallait cesser ces publications jugées trop alarmistes, parce que ces épisodes sont désormais réguliers et "qu'on est pas tous morts".

Non. Je ne le ferai pas & je ne "passerai pas à autre chose".

Les statistiques ont été inventées par les humains. Les chênes, les bouleaux ou les hêtres, eux, n'en ont strictement rien à faire. Ce sont les mêmes espèces qui peuplent nos forêts qu'il y a cinquante ou cent ans. Elles n'ont pas évolué au rythme auquel le climat se dérègle. Ce qui devient « habituel » dans nos graphiques reste profondément anormal pour les écosystèmes.

Si nous en sommes arrivés à un tel état dans nos forêts, c'est aussi parce qu'elles n'ont jamais été considérées comme un "pilier central" de notre économie / de notre vie.

Aujourd'hui encore, 84 records de chaleur ont été battus. Cela devient tristement fréquent... Presque banal ! Pour la SIXIÈME fois de l'été 2026, la station de Bordeaux-Mérignac a atteint le seuil des 40°C. Jusqu'en 2025, cette station n'avait connu que cinq journées à plus de 40°C... depuis son installation en 1920. Donc 5 fois en 102 ans contre déjà 6 fois en 2026 !

Ce n'est pas parce que l'exception devient fréquente qu'elle cesse d'être destructrice. Le fait que ces records deviennent plus fréquents ne signifie pas qu'il faille arrêter d'en parler. Ce serait oublier leurs conséquences : les dégâts considérables sur les forêts, les écosystèmes, l'agriculture, et la saison d'incendies totalement hors norme que connaît la France en 2026. Et désolé, mais ces conséquences ne sont pas devenus "banales".

Il y a quand même quelques bonnes nouvelles 🙂Ce matin, j'ai pratiqué l'une de mes activités favorites : explorer les ass...
29/07/2026

Il y a quand même quelques bonnes nouvelles 🙂

Ce matin, j'ai pratiqué l'une de mes activités favorites : explorer les assecs.

J'avais peur de trouver la rivière asséchée (ce qui est normal en cette période). Mais bonne surprise : de nombreuses flaques regorgeaient de petits poissons et, par endroits, je suis tombé sur de larges vasques avec près d'un mètre de fond.

De belles assiettes pour les oiseaux-pêcheurs.

Et ceux-ci étaient au rendez-vous... Voilà une série de photos du Martin-pêcheur d'Europe, quelque part au creux d'une rivière parsemée de flaques providentielles.

PS : la drôle de pose, bec en l'air sur l'une des photos, c'est parce qu'un avion passait. Manifestement, ça l'a beaucoup intéressé !

Ces derniers jours, beaucoup d’entre nous ont remarqué un silence inhabituel : les oiseaux chantent moins.Alors je vous ...
28/07/2026

Ces derniers jours, beaucoup d’entre nous ont remarqué un silence inhabituel : les oiseaux chantent moins.

Alors je vous fais la version courte (et sérieuse) du texte d'hier.

Après le printemps, les oiseaux renouvellent leurs plumes, usées par le vol, les frottements et le soleil : même la nature n'a pas su inventer un matériau immuable !

Cette période leur demande beaucoup d’énergie et rend leur vol difficile : les voici devenus vulnérables.

Alors pour leur survie, ils deviennent plus discrets, chantent moins et restent davantage cachés dans les buissons pour se protéger.

Le silence de l’été n’est donc pas forcément le signe d’une disparition. Il peut simplement correspondre à cette phase naturelle de renouvellement du plumage, qui leur permettra d’affronter l’automne et l’hiver.

Toutefois, certains ont remarqué un grand silence après de gros incendies. Et cela, malheureusement, c'est plus probablement les dégâts que ces épisodes infligent à la nature.

Pour illustrer, photo de plumes de Rollier d'Europe, non pas suite à une mue, mais à une prédation, ce qui est rare pour cet oiseau.

Consultation publique : mobilisons-nous massivement contre le classement ESOD. Lien en commentaire.L'occasion de republi...
28/07/2026

Consultation publique : mobilisons-nous massivement contre le classement ESOD. Lien en commentaire.

L'occasion de republier ce petit texte sur l'utilité du Geai des chênes. Bonne lecture.

"- Sacré nom d’une pipe, percevez-vous ce braillement ?!

- Il faudrait être sourd pour y échapper ! Pareil cri râpeux et rauque ne peut être produit que par une créature forte en gu**le, pour sûr ! Qu’est-ce donc que ce braillard ?

- Un Geai des chênes, cher ami ! Assurément tapageur, mais fichtrement timoré : au moindre bruit, le v’là qui s’esbigne sans demander son reste !

- N’empêche qu’il ameute toute la populace avec ses clabauderies.

- Certains l’affublent du nom cocasse de sentinelle de la forêt : quand un Geai se tire en hurlant, c’est toute la forêt qui s’affole ! Regardez ! Il est là !

- Diantre ! Le bougre a le bec grand ouvert, il s’est dégoté un gland !

- Il faut le voir faire ses réserves : avec une poche sous le bec, ce roublard peut emporter plusieurs glands pour les planquer.

- Comment diable procède-t-il ?

- C’est un finaud ! Il fourre ses glands dans la terre et mémorise des repères pour y revenir plus t**d. Si les repères ne sont pas à son goût, v’là t’y pas que cet ingénieux oiseau les fabrique lui-même, avec des branches ou des cailloux.

- Bougrement astucieux, ce volatile ! Combien de glands cache-t-il chaque année ?

- Plusieurs milliers ! Pour sûr qu’il en oublie : alors les glands germent et peuvent donner des arbres !

- Quel est son nom latin ?

- Garrulus glandarius.

- Avec tous les arbres qu’il plante, le pauvre bougre ne mérite pas ce nom : c’est tout sauf un glandeur !

Avez-vous remarqué que les oiseaux se taisent depuis quelques jours ? Sont-ce les pesticides qui ont eu raison de nos am...
27/07/2026

Avez-vous remarqué que les oiseaux se taisent depuis quelques jours ? Sont-ce les pesticides qui ont eu raison de nos amis ? La chaleur ? Réponse dans le texte qui suit.

"Comme chaque printemps, les oiseaux ont chanté.

Au sommet d'un buisson, sur le faîte d'un toit ou sur la tête de ma voisine, n'importe quel support est prétexte, au printemps, à siffler sa grandeur, à afficher ses attributs.

Dans ces cas-là, il n'est guère rare de croiser un oiseau avec un tee-shirt moulant GUESS pour montrer ses gros muscles.

Normalement, donc, les oiseaux chantent.

Oui, mais voilà : cet été, il s'est produit ce fait curieux que les oiseaux se sont tus.

Au début, j'ai mis ce silence au compte des fortes chaleurs. Quand il fait chaud, les oiseaux sont comme nous : ils se foutent devant Netflix avec une bonne binouze et la clim' à fond.

'Sont fans de Pedro Pascal. Ils regardent ses films en hurlant "Ca**ón ! Una otra ce***za !"

Mais là, point d'oiseau. Telle fut ma tristesse que je préparai des obsèques et convoquai les journalistes du monde entier.

Il y eut foule, comme on dit, et tous nous fîmes l'effort de sourire malgré l'émotion qui étreignait nos cœurs.

Mais des oiseaux, il y en eut soudain. Le lundi qui suivit les obsèques, ils apparurent, une dizaine de volatiles, en rang d'oignon sur un muret.

J'accourrai et, incapable de me retenir plus longtemps, je fondis en larmes devant ce miracle. Ma joie fut complète.

Jusqu'à ce qu'ils m'insultent.

"Stupide crétin benêt, dirent-ils, on n'était pas morts, on MUE !"

Je m'approchai. Un frisson me parcourut l'échine : ces oiseaux, c'était la cour des miracles : l'un n'avait plus une plume sur le sommet du crâne, aussi ressemblait-il à un moine avec cette tonsure prodigieusement ridicule. Un autre n'avait même plus de plume du tout sur la tête, tandis qu'un autre encore avait une aile complètement dégarnie.

"Vous avez conscience que ça devient n'importe quoi, les gars?" dis-je.

Autant de laisser-aller m'indignait. Je leur proposai un soin capillaire maison : un massage ayurvédique à base de feuille de laurier-sauce imbibée trois heures dans de la graisse de canard confit, le tout arrosé d'un petit vinaigre balsamique, vous m'en direz des nouvelles.

"Mais non, sac à m***e ! Nos plumes se sont usées. Entre la défense du territoire, la traversée des nichoirs étroits, le soleil, les frottements avec la végétation, le lissage, les plumes s'usent chaque printemps !"

Un autre poursuivit : "Même la nature n'a pas su inventer un matériau immuable. Alors, lorsque les plumes sont trop usées, vers le milieu de l'été, un grand renouvellement s'opère."

Un troisième ajouta : "Ces nouvelles plumes seront plus chaudes et nous permettront de passer l'hiver, ou bien de migrer vers des contrées plus accueillantes. Chez certains, ces nouvelles plumes cachent même les motifs du plumage nuptial, motifs qui se révèleront au printemps suivant, par usure des extrémités des plumes !"

Un dernier ajouta : "Et si tu te demandes quel est le rapport avec le silence des oiseaux, il est très simple : le renouvellement du plumage demande beaucoup d'énergie. Par ailleurs, tu t'en doutes, avec moins de plumes, nous volons moins bien. Alors, plutôt que de chanter au sommet d'un buisson, nous nous cachons en son sein pour éviter les prédateurs que nous aurions du mal à fuir."

Bon, il fallait fêter ça. C'est ainsi que les oiseaux et moi, on s'est retrouvés sur mon canapé avec des bières et des chips. On a regardé Pedro Pascal et franchement, c'était vachement cool.

En photo, une Bergeronnette grise. Si vous zoomez, vous verrez son crâne dégarni : c'est ça, la mue !

Il y a quelque chose de profondément injuste dans ce que l'on entend ou lit en ce moment.Depuis des décennies, des femme...
26/07/2026

Il y a quelque chose de profondément injuste dans ce que l'on entend ou lit en ce moment.

Depuis des décennies, des femmes et des hommes alertent sur le dérèglement climatique.

Il y a de cela bien longtemps, ils nous ont prévenu de ce qui arrive aujourd'hui : la disparition de la biodiversité, les sécheresses, les incendies de plus en plus violents.

On les a souvent caricaturés, moqués, et surtout réduits à un mot : « écolos ».

Et aujourd'hui, alors que tout ce qu'ils annonçaient se déroule sous nos yeux, certains vont jusqu'à les rendre responsables.

Essayons d'analyser la situation : la France brûle. Et puisque sur cette page, nous nous intéressons à la faune sauvage, demandons-nous qui agit sur le terrain, par exemple en Gironde.

Il y a les autorités bien-sûr. Les pompiers, les gendarmes, les responsables...

Mais ils ne sont pas seuls. Ainsi a-t-on également vu les agriculteurs se mobiliser massivement pour aider à apporter de l'eau, arroser des zones...

Mais il y a aussi d'autres façons d'aider : des associations se mobilisent, après avoir obtenu les autorisations nécessaires, pour récupérer les animaux sauvages ou domestiques blessés par les flammes.

Il y a des individus qui les rapatrient dans des centres de soins. Et d'autres qui les soignent.

Oeuvrant dans l'ombre parfois nuit et jour, luttant avec abnégation pour chaque vie.

Il y a ceux qui vont remplir des points d'eau.

Et puis il y a tous ceux qui pleurent d'impuissance.

Qu'il est facile et pitoyable de générer des images IA pour dire "la France brûle, les chasseurs et les agriculteurs aident, où sont les écolos ?"

Existe-t-il plus galvaudé que ce terme ?

Les gens qui génèrent ces images d'une maturité discutable comprennent-ils que les gens qui œuvrent sur le terrain pensent différemment ? Votent différemment ? Vivent différemment ?

Au fond, quelle importance ?

N'est-ce pas la force de notre intelligence humaine, que de se rassembler autour d'une cause commune plus grande que notre individualité ?

N'est-ce pas l'élégance de notre espèce si particulière, que de se rassembler dans notre différence ?

Je crois que ceux qui accusent les autres de ne rien faire ne sont eux-mêmes pas sur le terrain.

Ceux qui sont sur le terrain se fichent pas mal de leurs différences.

Dans une intelligence collective qui devrait tous nous inspirer, ils se rassemblent, s'organisent et oeuvrent pour sauver les humains, les animaux et la nature.

Pompiers, gendarmes, chasseurs, anti-chasse, de droite, de gauche, tous écolos par la force des choses.

Arrêtons de chercher des coupables là où il n'y a que des facteurs multiples.

Lutter efficacement, c'est d'abord arrêter de se diviser. Ces drames nous concernent tous et les clivages n'apportent rien de constructif.

Cessons de nous définir par ce qui nous oppose et rassemblons-nous autour de ce qui nous oblige.

Merci à tous ceux qui luttent. Merci de nous montrer, par l'exemple, à quel point, décidément, la vraie vie est différente des réseaux sociaux.

Une grosse pensée pour les sinistrés, qu'ils soient humains ou non.

Photo AFP/Noah BERGER

Madame la Ministre de l’Agriculture, Annie Genevard,Vous êtes de droite. Être de droite, c'est revendiquer des valeurs f...
24/07/2026

Madame la Ministre de l’Agriculture, Annie Genevard,

Vous êtes de droite. Être de droite, c'est revendiquer des valeurs fortes : le travail, l’effort, le mérite, la responsabilité.

Avec la loi d'urgence agricole que vous avez portée et défendue, vous avez trahi vos valeurs.

Voici votre contradiction profonde : nous avons besoin de résoudre des problématiques complexes qui impliquent du travail, des efforts et de prendre ses responsabilités et vous, qu'avez-vous fait ?

Vous avez tout cédé à la facilité. A l'immédiateté. Aux lobbies.

Chère Madame, mes convictions politiques sont bien différentes des vôtres. Elles sont à gauche. Mais le travail, l’effort, le mérite et la responsabilité ne me sont pas étrangers.

Je suis chercheur dans le privé. Cela fera bientôt dix ans que je travaille sur le même projet de recherche. Un projet ambitieux : développer un système d’imagerie médicale capable de se passer des rayons X afin de fournir une imagerie dynamique et en trois dimensions des implants dans le corps humain.

Tant d'années à chercher, douter, échouer.

Et parfois réussir.

Tant de jours à rentrer chez moi avec la boule au ventre et l'envie d'appeler mon patron pour lui dire : « C’est trop compliqué. J’abandonne. »

Mais je ne l'ai jamais fait. Parce que le principe même de la recherche, c'est de foncer tête baissée dans la difficulté, avec au bout du chemin un risque immense d'échec.

Cela s'appelle relever des défis : quand on s’attaque à quelque chose de nouveau, il n’existe pas de manuel indiquant la marche à suivre. On avance dans l’inconnu. On teste. On se trompe. On recommence.

Si les chercheurs abandonnaient dès qu’un problème devient difficile, il n’y aurait plus de progrès.

Et voilà que vous nous montrez qu'en politique, on abandonne parce que c'est "trop difficile".

Prenons l'exemple de l'eau.

Ce que vous auriez dû décider, chère madame, ce n'est pas de construire des mégabassines qui ne serviront qu'à maintenir un modèle à bout de souffle.

Non, vous auriez dû proposer une réflexion pour adapter nos usages à une ressource qui se raréfie et crée déjà des tensions, alors que nous ne sommes qu'au tout début des catastrophes multiples qui s'annoncent.

Vous auriez dû poser cette question : comment améliorer nos pratiques agricoles, préserver les sols, restaurer les écosystèmes qui retiennent naturellement l'eau ?

Mais vous avez fait le contraire : vous avez porté un texte qui facilite la destruction des zones de stockage naturelles de l'eau.

Celles qui absorbent les crues, filtrent l’eau, rechargent les nappes phréatiques, stockent du carbone, rafraîchissent les territoires et abritent une biodiversité exceptionnelle.

Les fragiliser aujourd’hui, c’est détruire des solutions que la nature a mis parfois des siècles à construire.

Prenons l'exemple des pesticides. Toutes les sociétés savantes qui ont légitimité à le dire l'affirment, sur la base de sources scientifiques sérieuses : les pesticides sont nocifs pour l'environnement et la santé humaine.

Au lieu de chercher des alternatives, d'investir massivement dans la recherche, que proposez-vous ? Réintroduire des molécules dont la nocivité a été largement démontrée.

Alors oui, je le reconnais : c'est beaucoup plus difficile et moins populiste de proposer des solutions efficaces et à long terme que de proposer des solutions à très court terme qui n'arrangeront rien, ou si peu.

Mais pourtant, ce sont vos valeurs, Madame la Ministre.

Le travail, l'effort, le mérite, la responsabilité.

Travailler à trouver des solutions de long terme. Faire l'effort de convaincre et d'embarquer avec soi les plus réticents. Avoir le mérite de s'être battu. Avoir pris ses responsabilités d'élu d'un peuple qui aujourd'hui demande massivement un changement de modèle.

Et nous aurions eu tellement de temps pour le faire, si seulement les "responsables" politiques avaient pris au sérieux les scientifiques dès le début, au lieu de les mépriser comme vous l'avez toujours fait.

Alors bien sûr qu’il faut soutenir les agriculteurs.

Ils sont parmi les premières victimes du changement climatique. Ils subissent déjà ses conséquences.

Mais les aider ne signifie pas essayer en vain de faire en sorte qu'ils travaillent comme avant dans un monde qui change.

C’est leur donner les moyens d’affronter ce changement.

Ce qui me frappe le plus, c’est ce contraste entre vos valeurs et vos décisions.

Dans mon métier, lorsqu’un obstacle apparaît, nous ne supprimons pas l’objectif parce qu’il est difficile.

Nous ne repartons pas en arrière en disant "Non, mais faisons comme avant, là c'est trop compliqué."

Face au plus grand défi scientifique, écologique et humain du siècle, pourquoi appliquerions-nous une logique politique différente ?

Imaginez un instant où nous en serions si tous les chercheurs avaient choisi la facilité.

Le progrès n’est jamais né du renoncement.

Il est né parce que des femmes et des hommes ont accepté de s’attaquer à des problèmes qui semblaient impossibles à résoudre.

La transition écologique est exactement de cette nature.

Elle est difficile.

Elle demande des efforts.

Elle demande de l’innovation.

Elle demande que vous, les Ministres, preniez de vraies responsabilités pour l'avenir.

La difficulté n’est jamais une raison pour reculer.

C’est précisément une raison pour être plus ambitieux.

Reculer devant la difficulté, cela porte un nom : c'est être un perdant.

Alors, chers membres, lors de la prochaine élection, lorsque les responsables politiques viendront expliquer qu’ils prennent la crise climatique au sérieux :

N’oubliez jamais qui a voté pour cette loi… et qui a voté contre.

Sylvain, administrateur de La gazette de la faune sauvage.

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