05/04/2020
-Maryline, clinique du Dauphiné, Grenoble-
2/2
A cause d'elle, de ce qu'elle m'a fait vivre, j'ai l'impression d'être fragile comme du verre qui se brise dans sa chute, mais j'ai aussi l'impression d'être sacrément solide. Solide parce qu'à chaque fois, j'en reviens. Je reviens de l'endroit froid et sombre où elle me traîne. Par je ne sais quelle force, la vie reprend le dessus. Parfois ça arrive vite, parfois j'ai l'impression que j'en mourrai quand la lumière est trop loin, qu'elle est éteinte.
C'est une double lutte. Contre la maladie, et contre les autres. Le drame des maladies invisibles c'est qu'il y a toujours ce sentiment d'imposture. Ce sentiment de ne pas être crue, de devoir prouver qu'on est malades. Faire face aux discours des gens qui n'y croient pas. "Pourquoi tu prends un traitement ? Tu sais si tu essayais le yoga..." est-ce qu'on irait dire à quelqu'un qui souffre de diabète de ne pas prendre son insuline et d'essayer le yoga ?
Je suis tellement en colère parfois. Parce que même moi, j'y crois pas. Je doute de moi, de la maladie. Est-ce qu'elle est vraiment là ? Est-ce que je l'invente ? Puisqu'elle est chronique, les gens pensent que parfois je suis guérie ou que je faisais semblant, que je ne faisais pas d'efforts. Et moi aussi. Moi aussi je me crois guérie des fois. Je crois que j'ai gagné la bataille. Là où je me trompe, c'est que je ne peux pas la gagner. Ni la perdre d'ailleurs. Parce qu'il ne s'agit pas de ça. C'est pas un combat qui doit se jouer, mais l'apprentissage d'une cohabitation. C'est aller par-delà la frustration et le sentiment d'injustice. C'est de me dire "elle est là, elle fait partie de moi. Maintenant, on fait quoi ?"
Je pourrais en dire, des choses, sur ma maladie. En détails, des détails magiques et dégoûtants. Mais ça demande du courage. Et pour le moment, du courage, j'en ai plus tellement.