20/09/2025
AFRO-TURK SPIRIT actuellement à l'Institut Français d'Izmir & dans la Ville.
Depuis des millénaires, l’Anatolie et l’Afrique sont en relation.
Les Afro-Turcs constituent une communauté unique qui a émigré de divers pays africains pour des raisons d’asile, de commerce, de service militaire et, au XIXᵉ siècle, d’esclavage. Depuis la fondation de l’Empire ottoman, ils ont trouvé leur place au sein de l’umma musulmane.
Dans la société ottomane, la captivité de guerre ne reposait pas sur la couleur de peau : les personnes d’origine africaine à la peau sombre n’étaient pas distinguées des captifs à la peau claire, qu’ils soient caucasiens, grecs, géorgiens ou russes. Par ailleurs, comme l’Empire ottoman avait institué une pratique d’affranchissement, il importait peu dans la vie quotidienne de savoir qui était encore esclave et qui avait été libéré.
Au XIXᵉ siècle, l’Anatolie comptait de nombreux Africains affranchis (donc libres), exerçant comme médecins, enseignants, juges, soldats ou travailleurs agricoles. Toutefois, le commerce d’esclaves, bien que limité, se poursuivait encore. Les personnes ainsi introduites étaient le plus souvent employées comme domestiques, jardiniers ou intendants dans les familles aisées.
En 1880, un accord fut signé entre l’Empire ottoman et la Grande-Bretagne afin de mettre fin à la traite des esclaves. La principale conséquence de ce traité fut l’interdiction d’importer de nouveaux esclaves africains sur le territoire ottoman. Puis, lors de la conférence internationale organisée à Bruxelles le 18 novembre 1889, la traite négrière africaine fut définitivement abolie. Le sultan Abdülhamid II (1842-1918) approuva en juin 1891 la ratification de ce décret.
Après l’abolition officielle de l’esclavage sur le plan international, les Africains devenus citoyens libres de l’Empire ottoman reçurent des terres agricoles par l’État afin d’assurer leur subsistance. Ceux ayant une formation professionnelle furent employés dans les administrations ou dans des secteurs adaptés à leurs compétences.
Les Afro-Turcs, qui avaient combattu aux côtés de l’Empire ottoman puis de la République, s’intégrèrent rapidement à la société turque, notamment grâce à leurs origines communes avec des pays musulmans comme le Soudan, l’Égypte ou la Libye, et par le biais de mariages mixtes. Leurs effectifs officiels ne sont pas connus. Néanmoins, une tradition africaine qu’ils perpétuaient, la « Fête du Veau » (Dana Bayramı), fut longtemps interdite dans les premières années de la République car considérée comme un « rituel religieux ».
Aujourd’hui, les Afro-Turcs ne se comptent plus qu’en quelques milliers. Ils tentent de retracer leur histoire singulière à travers les traces parfois ténues laissées par leurs ancêtres arrivés plusieurs générations auparavant. D’Istanbul à İskenderun, de Karaman à Izmir, ils vivent aujourd’hui en Turquie comme des métis intégrés à la société.