30/10/2026
Certaines rencontres ne donnent pas simplement des réponses. Elles déplacent quelque chose en nous.
Dans ma pratique, les œuvres naissent souvent d’abord d’une rencontre avant de prendre vie dans l’image, la matière ou le geste.
Pendant cette résidence au Cameroun, j’avais besoin de revenir vers des paroles enracinées, vers celles et ceux qui portent encore une mémoire vivante de notre culture.
Ma rencontre avec le professeur François Bingono Bingono a été de celles-là.
Il y a des paroles que l’on écoute autrement lorsqu’elles viennent d’un aîné, d’un patriarche, de quelqu’un qui a consacré une partie de sa vie à préserver, comprendre et transmettre une culture avec profondeur et justesse.
Nos échanges ont ouvert des réflexions sur la langue, l’enfance, la culture Ekang et sur tout ce que l’on reçoit parfois bien avant d’en avoir pleinement conscience.
Étant moi-même Ekang, cette recherche a pris une dimension profondément personnelle. Elle m’a ramené vers des savoirs, des gestes et des paroles qui ont participé à me construire et que je regarde aujourd’hui autrement.
Recevoir la parole d’un aîné de cette manière est un privilège. Ces présences deviennent rares, et avec elles disparaissent parfois des mémoires, des gestes et des récits que rien ne peut véritablement remplacer. Pouvoir écouter, apprendre et recevoir cette transmission a été l’un des moments les plus forts de cette résidence.
Lui remettre Ancestral / Contemporain, qui rassemble plusieurs années de mon travail, avait donc une signification particulière pour moi. Lui transmettre une trace de mon parcours, et savoir que ce livre allait entrer entre ses mains, au moment même où ses paroles venaient nourrir la suite de mon travail, avait quelque chose de profondément symbolique.
Cette résidence continue de déplacer mon regard et d’ouvrir de nouvelles directions dans ma pratique.
Merci à la Fondation Blachere d’avoir rendu cette recherche possible.
Gratitude !