05/09/2026
Je viens de générer une photo de moi avec l'IA. Dix secondes. Un clic.
Je suis photographe. Je passe des heures à régler une lumière, à choisir un angle, à attendre le bon moment. Là, j'ai eu un résultat en dix secondes, sans appareil, sans lumière, sans rien.
Elle est belle, cette image. Le rendu est net, la lumière est propre, le visage me ressemble. Mais regarde-la de près. La peau est trop lisse par endroits. Un détail sur l'oreille ne colle pas. Un pli du col se perd puis réapparaît ailleurs. Ce sont des indices, et ils comptent. Cette image n'a jamais été prise. Personne n'était derrière l'appareil. Elle donne l'impression d'un instant réel alors qu'elle n'en est pas un, et c'est exactement ce qui la rend trompeuse.
Alors j'ai voulu savoir ce que ces dix secondes avaient coûté, pour la vraie vie cette fois.
Les chiffres :
Entre deux et cinq litres d'eau par image générée, selon une étude scientifique récente. Cette eau sert à refroidir les serveurs qui font le calcul.
1,6 Wh d'électricité en moyenne par image, d'après des travaux de recherche sur le sujet.
Un chiffre isolé paraît petit. Multiplié par les milliards d'images générées chaque jour dans le monde, il ne l'est plus.
L'IA a des usages qui justifient ce coût. Elle modélise des molécules pour la recherche médicale. Elle accélère des calculs climatiques. Elle aide des chercheurs sur des problèmes que des humains mettraient des années à résoudre seuls.
Générer une photo de moi pour un post Facebook, ce n'est pas ça.
Je ne dis pas que l'IA est mauvaise. Je dis qu'on l'utilise sans y penser, pour des choses qui n'en ont pas besoin, et qu'on oublie parfois qu'elle ment sur ce qu'elle montre. Un filtre marrant. Un avatar. Une image qu'on aurait pu prendre soi-même, en deux minutes, avec son téléphone, et qui elle, aurait été vraie.
Trois litres d'eau et près de 2wh pour une image qui n'existe pas et qui trompe l'œil. Ça vaut le coup d'y penser une seconde avant de cliquer.
La prochaine fois que tu génères une image juste pour t'amuser, pose-toi la question. Ce clic, tu en as vraiment besoin ?
Photographe de métier, je continue à croire à l'image qu'on fabrique avec ses mains, sa patience et son regard.
Une image qui a réellement existé devant l'objectif.
Pas celle qu'on obtient en dix secondes et qui ment sur ce qu'elle montre.