23/03/2026
Il y a des instants qui ne demandent rien, sinon d’être regardés comme on écoute une source, sans bruit intérieur.
Celui-ci en fait partie.
Une branche, un peu de lumière, et ce petit être posé comme une prière bleue.
La femelle martin-pêcheur ne sait rien de moi. Elle ne sait rien du monde tel que nous l’encombrons de mots, de raisons, d’urgences. Elle est là, simplement. Elle tient dans le monde comme une flamme tient dans l’air : sans effort, sans explication.
Ses couleurs ne sont pas des couleurs. Elles sont une manière de dire oui à la lumière. Le bleu n’est pas du bleu, c’est une joie silencieuse. L’orange n’est pas de l’orange, c’est la chaleur d’un secret gardé depuis l’aube. Et son regard, penché vers l’eau, semble lire un livre invisible peut-être le seul qui vaille : celui de l’instant.
Je la regarde, et quelque chose en moi se défait. Les nœuds se dénouent, les pensées s’effacent comme des traces dans le sable.
Il ne reste qu’une présence, fragile et entière, comme si le monde avait retenu son souffle pour laisser passer cet éclat.
Nous partageons ce moment sans nous rencontrer. Elle dans sa vie minuscule et immense, moi dans la mienne, trop vaste et souvent distraite. Pourtant, il y a un point de contact, une ligne invisible : la beauté.
La beauté ne dure pas, c’est pour cela qu’elle sauve. Elle passe comme cet oiseau passera, d’un battement vif, et il ne restera rien, sauf ce tremblement dans le cœur, cette preuve douce que la vie, parfois, s’approche de nous sans bruit et nous touche sans nous demander la permission.
Alors je reste là, immobile à l’intérieur de moi, pour ne pas effrayer ce miracle.