09/08/2026
Après sa séance, une cliente m'a envoyé un texte de quatre pages.
Pas un avis. Pas un merci poli. Un récit complet, écrit par elle, de son anniversaire jusqu'à la découverte de ses photos.
Elle m'a autorisé à le partager. Je l'ai un peu raccourci, rien d'autre. Ce sont ses mots.
Je le publie parce que je pense que beaucoup de femmes vont se reconnaître dedans.
LE CADEAU
Cette année, je n'ai aucune idée de ce que mon mari compte m'offrir. En général, il n'est pas très doué pour les surprises, mais là, on peut dire qu'il fait fort.
Au réveil, il me souhaite mon anniversaire et me montre un e-mail. Là, j'explose, je libère tout et je fonds en larmes. Il est surpris, mais il comprend rapidement que ce sont des larmes de joie.
Je suis très émue, comme soulagée, libérée. Ça y est, je vais pouvoir le faire. Ce sera à mon tour de m'accepter, de me trouver belle, et cela sans avoir à "oser me le permettre" : il le fait pour moi.
Depuis un ou deux ans que je suis ce photographe sur Insta, ce n'est plus une simple envie, c'est un besoin.
JUSQU'AU RENDEZ-VOUS
J'ai hâte, j'y pense chaque jour. Je souhaite faire cette séance sans "préparation physique" particulière. Sans chichis, sans maquillage, sans passage préalable chez le coiffeur.
Je veux apprendre à me trouver belle au quotidien, pouvoir me dire le matin : "Tu te rappelles des photos ? Tu t'es trouvée belle, et tu n'avais rien de plus qu'aujourd'hui."
Mon plan est là, clair dans ma tête.
Sauf que les jours précédents, je doute, je stresse. Ce traître de soleil m'a donné bonne mine, mais avec des boutons en prime. L'escalade m'a détendue, mais j'y ai gagné quelques bleus aux genoux. Je ne panique pas vraiment, mais cela m'agace.
Mon mari me soutient, me rassure et me rappelle mon plan : "Vas-y comme tu es."
LE JOUR J
En réalité, j'ai besoin de me trouver belle telle que je suis aujourd'hui, à 36 ans, après deux grossesses, de nombreuses blessures psychologiques et des croyances plutôt dévalorisantes plein la tête.
Enfant, puis adolescente, mon corps a été observé, commenté, épié. Un coup trop mince, puis trop ronde, les oreilles décollées, les cheveux trop épais.
Les seuls compliments dont je me souvienne portaient sur mes seins, mes fesses et mes cils. Et je parle ici de remarques venant de ma propre famille.
J'ai perdu une taille de bonnet à chaque grossesse, mes fesses sont moins fermes qu'avant et mes cils beaucoup moins longs. En conclusion, les seules choses que je pouvais trouver "belles" chez moi ne le sont plus.
J'ai du mal à croire aux compliments de mon mari. On dit que l'amour rend aveugle, c'est sans aucun doute pour cela qu'il me trouve belle.
Et puis, cela fait deux fois cette semaine que chez le kiné, on me prend pour un homme ou un jeune homme. Cela vient appuyer et confirmer mes complexes. C'est déjà arrivé plein de fois, même lorsque j'étais enceinte de 7 mois.
LA SÉANCE
Ça y est, on y est. J'essaie de ne pas me comparer, de ne pas chercher à savoir si je fais bien ou mal. Je veux me laisser guider sans réfléchir et juste profiter.
Dès la première pose, je veux être fière, le montrer et me dire "Je suis belle". Je relève le menton et je me le répète. Je ne me vois pas, mais c'est ainsi que je me sens : fière et belle.
Je rentre dans ce personnage, cette version de moi-même que je ne connaissais pas.
Je me sens femme, sans exagérer, assumée, moi-même et naturelle. Je suis à l'aise. Il me montre comment me placer et je l'imite simplement. Il ne me regarde vraiment qu'à travers son objectif et j'apprécie cela.
Ce n'est pas parce que je suis gênée, il n'y a absolument aucune ambiguïté. C'est juste que le travail que j'ai à faire pour "me sentir belle", je le fais seule, et non à travers le regard d'un homme.
Je me sens presque comme à la maison. À la fois seule avec moi-même et parfaitement accompagnée. Sereine.
Je suis extrêmement surprise quand il me dit que la séance est terminée. Je ne l'ai pas vue passer.
J'avais demandé à ne pas voir les photos avant la fin. Je voulais rester dans ma bulle, là où je me sentais belle et fière. J'avais peur qu'en me voyant, cette bulle n'éclate et que je ne repère que mes défauts.
LA DÉCOUVERTE
Ma galerie est là, accessible. J'ai évidemment très envie de la découvrir, et en même temps un peu d'appréhension. Comment vais-je me trouver ?
Un soir, n'y tenant plus, je décide d'ouvrir ma galerie avec mon mari à mes côtés. Pour lui, aucun suspens : il me trouve belle, toujours. Alors, comme il commente un peu trop, je lui demande de me laisser seule. Il pensait bien faire, mais cela m'empêchait d'écouter mes ressentis.
Une fois seule, j'analyse, sans trop en faire. Je ne cherche pas les défauts cette fois. Je me replonge dans mes souvenirs, je revis chaque pose, chaque ressenti.
Je n'ai pas envie de pleurer, je suis sereine. Je suis fière.
J'arrive à me trouver belle sur certains clichés, et sur d'autres un peu moins, mais sur aucun je ne me trouve moche. Et ça, c'est une vraie progression.
Il y en a une où je vois mon visage détendu et je pense l'aimer. Une autre, face à la fenêtre, me montre fière. Je me souviens que dans ma tête, je me répétais : "Tu es belle et tu es fière."
Je trouve ensuite un cliché où je souris, simplement, sincèrement. Et pour une fois, je trouve mon sourire plutôt joli. Depuis quand ce n'est pas arrivé ? En y réfléchissant bien, je crois que c'est la première fois.
Plus loin, un autre cliché : face au miroir, toute en force. Je me fais face fièrement, je me trouve belle, forte, sexy, femme. Est-ce que j'ose dire que je me trouve magnifique ici ? Ça ne m'est JAMAIS arrivé.
Et dans un coin de ma tête, je pense : "Alors, je ne suis pas une femme ?!"
Une idée totalement barrée me traverse l'esprit. Je ne le ferai jamais évidemment, mais ce serait drôle : et si je la glissais dans mon sac pour la sortir au prochain abruti qui doutera de ma féminité ? Je dirais poliment : "Excusez-moi, vous voyez un homme ou un jeune homme ici ?"
Il y en a un qui retient particulièrement mon attention : on m'y voit sexy et musclée, moi qui ai tant galéré à retrouver un peu de masse musculaire. Moi que l'on appelait "le criquet" ou "patte de mouche". Aujourd'hui, sur cette photo, je vois une femme musclée et harmonieuse, et j'ai envie de dire M***E à ceux qui ne le voient pas.
Le chemin est encore long, je sais que les doutes reviendront parfois, peut-être trop souvent, mais maintenant je suis armée pour les faire taire.
Voilà. Je n'ai rien à ajouter à ça.
Si son texte t'a parlé, partage-le. Il y a forcément quelqu'un autour de toi qui a besoin de le lire.
Romain · Bourgogne Bo***ir, Dijon