08/04/2026
Je suis retombée sur cette série de photos de 2021 alors que je déménageais de la France vers la Suisse !
21 fois. J’ai déménagé. J’ai compté aujourd’hui. Je me suis demandé. Et aussi pourquoi j’éprouve une réticence à l’idée d’un jour replier ma vie en cartons, mettre de nouveau mon histoire en valise.
Chaque départ est un nettoyage, un tri, rien n’est anodin. Trier c’est lâcher prise (ou pas), c’est dire au-revoir, c’est accuser réception du temps qui passe, des doudous qu’on n’arrive pas à lâcher, des parfums qui envahissent la mémoire à la seule vue d’une photo ou le toucher d’un pull. Dans un déménagement, on chemine en accéléré sur la route de sa vie.
Au fil des déménagements, on fait d’abord un baluchon, puis des valises, puis une voiture, puis un camion. Puis un jour on est trop lourd, on n’a plus envie de monter et descendre des escaliers avec des kilos de souvenirs au bout des doigts.
Déménager, c’est prendre 50 tickets d’affilée, pour un manège des émotions. Tu bascules du rire aux larmes, du soupir au débordement, et tu penses que la fatigue vient des poids que tu déplaces mais ce sont les souvenirs que tu brasses, les deuils que tu fais, qui t’épuisent. (...)
Dans un temps condensé, encerclé de dates limites, cisaillé d’impératifs et engorgé de décisions, tu ne parles pas de ta peine, de l’endommagement intérieur, des sillons de larmes qui se creusent quand tu danses sur la table, en guise d'adieu, autour de laquelle tu pensais vieillir, ensemble.
Déménager, quand il n’y a pas de déménageurs, c’est faire don d'une part de son corps au poids de la mémoire. Des muscles nouveaux voient le jour, des raideurs sonnent le réveil, la mobilisation générale rappelle jusqu’au dernier tendon. Tu deviens Neptune, capable de soulever des flots de cartons.
Et quand la porte se referme une dernière fois, une ancre se dépose désormais à l’intérieur de toi, t’arrimant pour toujours à un nom de rue, un bout de terrain et quatre murs. Mon corps a engrammé définitivement ces coordonnées GPS qui forment ma mémoire nomade.