10/07/2026
On m’a demandé d’être plus compréhensif avec celles et ceux qui seraient susceptibles de voter pour une candidate condamnée en appel pour détournement de fonds publics. De ne pas les mépriser, pour éviter de les braquer davantage et de les enfermer dans leurs certitudes.
J’entends l’idée. Et j’avoue que j’ai beaucoup de mal.
Je suis sans doute un privilégié. Mes parents m’ont donné de l’amour et m’ont transmis le respect des autres. Enfant, j’ai pourtant connu une forme de racisme. Dans les années 90, à Agen, mon teint halé m’a parfois valu d’être refusé à l’entrée d’une boîte où mes amis, eux, entraient sans problème. On ne disait pas ouvertement qu’on ne voulait pas laisser entrer les Arabes, mais tout le monde comprenait très bien ce qui se passait.
Au collège, mes amis s’appelaient Fred ou Rachid et je n’avais de problème avec personne. À part un type qui avait décidé de me casser la figure parce que ma tête ne lui revenait pas. Fun fact : il n’était pas racisé. Étonnant, non ? En revanche, il avait déjà des idées très à droite, près du bord même.
Bref, tout ce préambule pour dire que je n’aime pas le monde dans lequel je me réveille aujourd’hui.
Ma mère était une femme profondément humaniste. Elle a créé des associations pour porter des repas aux anciens, participé à la mise en place d’une crèche et s’est battue pour qu’une bibliothèque voie le jour. Elle a fait tellement de choses pour les autres.
Je crois qu’elle serait profondément déprimée de voir aujourd’hui des gens prêts à confier le pays à une personne condamnée pour avoir détourné des millions d’euros de fonds publics, alors que tant de personnes peinent simplement à se nourrir et à vivre dignement.
Mes amies me disent qu’il faut continuer à lutter. Qu’il ne faut pas rejeter les électeurs du Front national, oui, je continuerai parfois à l’appeler comme ça. Qu’il faut essayer de comprendre ce qui les pousse à rejeter l’autre et à mépriser l’étranger.
J’essaie. Et j’avoue que je n’y arrive plus.
Je ne comprends pas comment on peut se tromper à ce point d’ennemi. Comment on peut croire que l’étranger est responsable de nos difficultés, de la dégradation des services publics, du manque de logements, des problèmes de l’école, de l’hôpital ou de notre perte de pouvoir d’achat.
Je ne comprends pas comment on peut ne pas voir que le projet du Front national représente un recul de nos libertés. Pour les femmes, pour les minorités, pour les enfants et, finalement, pour tout le monde.
Je ne vois pas, dans leurs propositions, de quoi améliorer concrètement notre quotidien. À mes yeux, ils sont du côté de ceux qui nous divisent, nous méprisent et nous enfoncent encore davantage.
Il y a aussi une véritable urgence climatique. Je suis convaincu que lorsque certaines régions du monde ne seront plus vivables, personne ne pourra empêcher des populations entières de chercher refuge ailleurs. Et ceux qui pensent aujourd’hui être à l’abri découvriront peut-être que l’on devient très vite l’étranger de quelqu’un.
Oui, il existe des sujets importants à discuter autour des religions, quelles qu’elles soient, de l’intégration et de notre capacité à vivre ensemble. Oui, la gauche actuelle n’est plus celle dans laquelle ma mère se reconnaissait, celle qui voulait mettre en place des avancées sociales pour tous. Aucun parti politique n’est parfait. Il faudra faire des compromis. Je le sais : rien n’est simple.
Et réduire tous nos problèmes à la seule présence des « étrangers » n’est absolument pas une solution.
Je ne crois plus pouvoir faire changer d’avis une personne qui, après tout ce qui s’est passé ces derniers jours, continue de considérer Marine Le Pen comme une bonne candidate.
Alors j’acte une chose.
Si vous pensez que le RN, Zemmour, Retailleau ou tous ceux qui font du rejet de l’autre une réponse à vos difficultés quotidiennes peuvent sortir le pays de l’impasse et construire un avenir meilleur pour nos enfants, vous pouvez quitter mon compte. En réalité, je préfère même que vous le fassiez.
Je n’ai plus la force de faire semblant qu’il ne s’agit que d’une divergence d’opinion anodine.
Je ne voulais plus politiser mes publications. Aujourd’hui, je m’en fous.
Si vous n’êtes pas inscrit sur les listes électorales et que vous vous sentez malgré tout concerné par votre avenir et celui de vos enfants, inscrivez-vous. Et dès le premier tour, il faudra faire barrage au Front national et à tous ses dérivés.
Je refuse de croire que la France soit condamnée au racisme. Les résistants n’ont jamais été les plus nombreux. Ils ont pourtant existé, et ils ont compté.
J’aime la France. Sa mixité, ses terres, ses paysages et ses habitants. Je vois chaque jour autour de moi beaucoup de personnes bienveillantes. J’ai peut-être un biais cognitif. Et franchement, je préfère celui-là au biais qui consiste à voir un ennemi dans chaque étranger.
Je n’épuiserai plus mon énergie à expliquer à ceux qui refusent obstinément de l’entendre que notre avenir passera par davantage d’entraide, jamais par davantage de rejet.