09/06/2026
Depuis quelques jours, comme beaucoup d’entre vous, je lis les articles, les réactions, les débats autour du drame de la petite Lyhanna.
Et à chaque fois, la même chose revient.
On cherche un responsable.
On cherche un coupable.
On cherche un monstre.
Pourtant, j’ai envie de poser une autre question.
Et si nous regardions aussi du côté de ce que nous transmettons à nos enfants depuis leur naissance ?
Dès les premiers mois de leur vie, nous leur apprenons parfois que leur corps ne leur appartient pas totalement.
« Va faire un bisou à mamie. »
« Fais un câlin à tonton. »
« Ne sois pas impoli. »
Même lorsqu’ils n’en ont pas envie.
Sans le vouloir, nous leur apprenons parfois que dire non n’est pas toujours acceptable.
Puis viennent les cris.
Les menaces.
Les punitions.
Les fameuses phrases :
« Parce que c’est comme ça. »
« Parce que je l’ai décidé. »
À quel moment avons-nous commencé à penser qu’un enfant devait obéir avant d’être compris ?
Puis les années passent.
Les écrans arrivent.
Parfois dans les mains des enfants.
Parfois dans celles des parents.
Combien de repas passés à regarder un téléphone ?
Combien de trajets en voiture où l’on ne se parle plus ?
Combien de soirées où chacun est dans sa bulle ?
Nous vivons dans un monde où nous savons tout de la vie de parfaits inconnus sur TikTok, mais parfois si peu de ce qui se passe réellement dans le cœur de nos propres enfants.
Et lorsque les résultats scolaires arrivent, que faisons-nous ?
Une bonne note ?
Un McDonald’s.
Une semaine sage ?
Une récompense.
Comme si la valeur d’un enfant devait toujours être associée à une récompense extérieure.
Comme si apprendre, grandir, faire des efforts n’était pas déjà une victoire en soi.
Et puis il y a tous ces enfants différents.
Les rêveurs.
Les hypersensibles.
Les TDAH.
Les anxieux.
Les enfants qui bougent beaucoup.
Ceux qui parlent trop.
Ceux qui ne parlent pas assez.
Combien d’entre eux ont entendu qu’ils étaient pénibles avant qu’on cherche à comprendre ce qu’ils vivaient réellement ?
Combien ont été punis pour des difficultés qu’ils ne maîtrisaient pas ?
Je suis Papa et photographe.
Depuis des années, je photographie des enfants.
Et ce qui me frappe toujours, c’est leur incroyable capacité à être eux-mêmes lorsqu’ils se sentent en sécurité.
Quand ils sentent qu’on les écoute.
Quand ils sentent qu’on les respecte.
Quand ils sentent qu’ils ont le droit d’exister tels qu’ils sont.
Alors non, je ne crois pas que les monstres apparaissent par magie.
Je crois que chaque enfant est une histoire qui s’écrit jour après jour.
Avec les mots que nous choisissons.
Avec le temps que nous leur accordons.
Avec l’exemple que nous leur donnons.
Avec l’amour que nous exprimons ou que nous retenons.
Bien sûr, les responsabilités individuelles existent.
Bien sûr, chacun reste responsable de ses actes.
Mais avant de chercher uniquement des coupables lorsque survient un drame, peut-être devrions-nous aussi nous demander collectivement quel monde nous construisons pour nos enfants.
Quel regard nous portons sur eux.
Quel temps nous leur consacrons.
Quelle place nous leur laissons pour parler, pour ressentir, pour être entendus.
Parce qu’au fond, les enfants d’aujourd’hui seront les adultes de demain.
Et l’éducation ne consiste pas seulement à leur apprendre à réussir dans la vie.
Elle consiste surtout à leur apprendre à devenir des êtres humains.
Peut-être que la vraie question est là.
Pas « que s’est-il passé ? »
Mais :
« Qu’avons-nous oublié en chemin ? »