Entre Ciel et Vasieres

Entre Ciel et Vasieres « La photo, c'est la chasse. C'est l'instinct de chasse sans l'envie de tuer. C'est la chasse des anges... On traque, on vise, on tire et clac !

au lieu d'un mort, on fait un éternel. » Chris Marker

Pas besoin d'être beau pour réussir sa vie 🐣Clairement, le poussin foulque macroule ne gagnera jamais un concours de bea...
31/05/2026

Pas besoin d'être beau pour réussir sa vie 🐣

Clairement, le poussin foulque macroule ne gagnera jamais un concours de beauté traditionnel. Avec sa tête rouge et orange fluo, ses trois poils sur le crâne et son corps qui ressemble à un vieux plumeau mouillé, on est très loin du « trop mignon » oisillon jaune et duveteux.

Et ça tombe bien, parce que la nature ne s'embarrasse pas avec ce genre de considération. Chez la foulque, chaque détail "moche" est en réalité une arme de survie ultra efficace.

Là où les autres oiseaux misent sur le camouflage pour échapper aux prédateurs, lui joue la carte de la haute visibilité. C'est un signal lumineux vital dans les roseaux sombres. Les parents foulques étant particulièrement stricts et sélectifs, ils nourrissent en priorité les poussins à la tête la plus vive. Sa laideur apparente est donc sa meilleure arme de séduction pour obtenir sa becquée de larves, de petits insectes et de végétaux.

Quant à ses pattes totalement disproportionnées, presque ridicules par rapport à son petit corps, ce sont de futurs outils de précision. En grandissant, ses longs doigts vont se border de membranes indépendantes (des lobes) lui permettant de nager et de marcher sur la vase sans jamais s'enfoncer.

Ce Rallidé (Fulica atra), cousin de la poule d'eau et du râle, est omnivore et opportuniste. La foulque mange absolument de tout. L'espèce n'est pas protégée en France ; elle est même classée comme gibier d'eau (chassable).

La métamorphose de la foulque est spectaculaire : quelques mois plus t**d, elle devient cet oiseau noir et blanc ultra-graphique que l'on croise partout.

Alors oui, la foulque macroule commence sa vie comme le vilain petit canard du conte. C’est à se demander si Andersen avait déjà croisé un poussin foulque... parce que comparé à lui, le vilain petit canard était franchement mignon. Mais contrairement au héros du conte, elle ne finit pas en cygne élégant. Elle finit en foulque : têtue, bruyante, omnivore et parfaitement assumée.

Une preuve que dans la nature, le style, c'est très surfait et que la vraie réussite, c'est de survivre avec ce qu'on a, même quand ce qu'on a ressemble à une tête de carnaval ratée. 😉

🧬Foulque macroule ( Fulica atra)
📍Baie de Somme
📅Mai 2026

Le plaisir de partager.​Il y a un un an, je posais mes mains sur un appareil photo pour la première fois. Mon obsession ...
29/05/2026

Le plaisir de partager.

​Il y a un un an, je posais mes mains sur un appareil photo pour la première fois. Mon obsession ? Les oiseaux. Mon refuge ? La Baie de Somme, ma terre de cœur.

À l'époque, après seulement 15 jours de pratique et des conseils précieux de mon ami Daniel Langaigne, j'ai eu le culot d'envoyer une photo au festival de Montier-en-Der... et elle a été présélectionnée ! Une fierté immense.

​Pourtant, depuis, j’ai fait le choix de ne plus participer à aucun concours. La compétition ne m'apporte rien. Je ne cherche pas à en faire mon métier, c'est un loisir pur. Mais surtout, j'ai une conviction profonde : la photo de nature et la nature elle-même n’ont de sens que si elles sont partagées. Garder un coin secret ou une belle observation pour soi seul, c'est passer à côté de l'essentiel.

​Ce week-end en Baie de Somme illustrait tellement bien ces deux visions...

​En croisant un petit groupe de trois femmes (dont une guide nature, je l'ai compris après), je m'approche poliment pour leur demander ce qu'elles observent. Réponse sèche et glaciale : "Rien". Une attitude incompréhensible pour moi. Comment peut-on aimer la nature et refuser le partage ?

​Quelques instants plus t**d, je croise Élise, une femme fabuleuse. Nous avons passé la journée entière ensemble, à partager nos "spots", observer les oiseaux et à discuter.

​Voilà pourquoi je fais de la photo. Non pas pour un trophée ou une reconnaissance, mais pour ces moments de connexion pure, avec la faune et avec les gens.

La nature appartient à tout le monde, et c'est ensemble qu'elle est la plus belle. Merci Élise pour cette merveilleuse journée ! 🌾🦅

Merci à vous de partager avec moi 🙏

🧬 Oie cendrée (Anser anser)
📍Baie de Somme
🗓 2025

Quelle chaleur !Qui n’a pas envie de se baigner en ce moment ? Besoin de boire, de se rafraîchir ? C’est exactement pare...
27/05/2026

Quelle chaleur !

Qui n’a pas envie de se baigner en ce moment ?
Besoin de boire, de se rafraîchir ?
C’est exactement pareil pour nos amis à plumes.
Eux ne transpirent pas (ils n’ont pas de glandes sudoripares) et n’ont pas l’eau courante. L’eau leur est pourtant vitale pour s’hydrater et réguler leur température interne, mais aussi pour nettoyer et maintenir l’imperméabilité de leur plumage.

Ce week-end, sous un cagnard de plomb, j’avais imaginé la "drinkstation" parfaite pour offrir un reflet de fraîcheur à la faune. Des litres d’eau transportés à bout de bras avec l’aide de mon mari,une grande coupelle, un décor minutieusement installé avec quelques branches mortes et un tapis de mousse fraîche (pour prendre quelques photos quand même)... Des heures à attendre, immobile, à distance respectable. Résultat ? Aucun visiteur. Calme plat.

Ce flop m’a poussée à abandonner mon installation artificielle pour partir en quête de l’or bleu. La Baie de Somme est une zone humide, des mares il y en a donc encore un certain nombre. C'est là que Titus, mon chien, entre en scène : c'est un peu mon pisteur de mares ! Il adore patauger et me les trouve en un clin d’œil. Du coup, grâce à lui, j’en connais plusieurs dans les environs et là, pas besoin d’attendre des heures. J’ai fait trois mares avec des résultats bien différents et étonnants.

La première, avec une eau plutôt propre, concentrait toute la vie que je cherchais tant. Elle m’a offert une scène des plus surprenantes : côte à côte, Verdier d’Europe, Tourterelle des bois, Pinson des arbres mâles et femelles... Un peu comme au bistrot, finalement.
La seconde mare, envahie d’algues et de lentilles, n’était fréquentée que par un ragondin. Même pas une foulque ou une poule d’eau, et pourtant j’y suis restée un long moment.
La troisième, plutôt boueuse et à découvert, était le territoire exclusif de Verdiers d’Europe qui ont défilé, sans aucune autre espèce. Et c’est bien ça le plus étrange : dans les buissons autour, j’entendais pourtant des fauvettes, des linottes et plein d’autres passereaux... Ils étaient là, tout près, mais seuls les verdiers osaient s'y aventurer.

Je rentre chez moi, pleine d’interrogations, je change l’eau de la coupelle « locale » et en quelques minutes, un magnifique Geai des chênes que je n’avais jamais vu avant se présente.

Je n’ai rien compris à cette expérience improvisée et je suis assez preneuse de vos avis.

Par contre, ce que j’ai compris, c’est que la faune sait exactement où trouver ses propres repères, loin de nos artifices, et qu’elle n’a pas besoin de mon coup de pouce, aussi bienveillant soit-il. En revanche, dans nos jardins, où les points d’eau sont installés depuis un moment, nous pouvons attirer et faire du bien à des visiteurs opportunistes et inhabituels.

Finalement, même si mes plans initiaux ont échoué, que mes photos ne sont pas très heureuses, la frustration du début a vite laissé place à un immense plaisir, et à beaucoup d’interrogations (vous l’aurez compris !).

🧬Verdier d'Europe : Chloris chloris
Tourterelle des bois : Streptopelia turtur
Pinson des arbres : Fringilla coelebs
Geai des chênes : Garrulus glandarius
Ragondin : Myocastor coypus
📍Baie de Somme
📅Mai 2026

Un banquier distrait mais écolo !!!L’écureuil a ce rare privilège : c'est un rongeur que tout le monde adore. Loin du mo...
20/05/2026

Un banquier distrait mais écolo !!!

L’écureuil a ce rare privilège : c'est un rongeur que tout le monde adore. Loin du monde de l’ombre, il appartient à celui des forêts lumineuses, de nos souvenirs d’enfance et des secrets de l’automne.

Si le printemps les rend si actifs, ce n'est pas parce qu'ils sortent d'une longue hibernation , en réalité, ils n'hibernent pas ! C'est simplement que la forêt se réveille. Les bourgeons éclosent, la nourriture se fait plus abondante, et les jeunes nés au début de l'année osent enfin pointer le nez dehors.

Alors que les adultes filent comme des éclairs entre les branches, les plus jeunes prennent le temps de découvrir le monde.

Celui que j'ai croisé avait tout du jeune explorateur. Nous sommes restés là, à nous observer un long moment. Plaqué contre l’écorce, il m’avait repéré depuis longtemps mais il a osé s'aventurer assez près pour mon plus grand plaisir.

Ce n’est pas un hasard si la Caisse d'Épargne en a fait son emblème. L’écureuil est le symbole universel de la prévoyance. À l’automne, il enterre des centaines de graines et de noisettes pour anticiper les jours sombres.

Mais notre petit ami est un grand distrait. Il oublie une bonne partie de ses cachettes ! Et ce sont ces graines abandonnées qui, au printemps, donnent naissance à de nouveaux arbres. Sans même le savoir, ce petit épargnant reboise les forêts.

En France, l’écureuil roux est protégé par la loi depuis 1976. Si l'UICN le classe en « préoccupation mineure » au niveau mondial, la réalité sur le terrain est plus fragile. Le morcellement des forêts, la disparition des vieux arbres creux où il aime nicher, et la concurrence de l’écureuil gris (une espèce introduite) pèsent sur ses populations. Continuer à le croiser reste l'un des plus beaux signes d'une forêt en bonne santé.

🧬Écureuil roux (Sciurus vulgaris)
📍Baie de Somme
📅Mai 2026

La perle de ma balade du jourEn tant que Parisienne, mon lien avec la Tourterelle turque (Streptopelia decaocto) est… co...
10/05/2026

La perle de ma balade du jour

En tant que Parisienne, mon lien avec la Tourterelle turque (Streptopelia decaocto) est… compliqué. Un réveil que je n'ai pas choisi, ma meilleure ennemie matinale et pour être honnête, j'ai parfois une envie violente de l'étriper !!!!!!

Mais aujourd'hui, loin du béton, j'ai croisé la route de la magnifique Tourterelle des bois (Streptopelia turtur). Son roucoulement n'a rien d'un cri monotone : c'est un son vibrant, presque apaisant. Celle-là, je crois que je lui pardonnerais presque de me réveiller !

Pourtant, malgré leur air de famille et leur appartenance commune à la lignée des Columbidés, un monde les sépare.
La Tourterelle des bois est migratrice : elle passe l'hiver en Afrique et ne revient qu'au printemps pour se reproduire.

Granivore, elle se nourrit au sol et a un besoin vital d'accès régulier à des points d'eau pour s'hydrater après ses repas secs. C'est d'ailleurs près d'une mare que j'ai eu la chance de l'observer.

Son plumage est somptueux, mais ce qui m'a vraiment charmée, c'est ce qu'elle porte au cou : ces chevrons noirs et blancs qui lui donnent un air tellement sophistiqué. Belle et élégante, tout simplement.
( Les photos manquent un peu de lumière ,mais c'est le prix à payer quand on observe dans son habitat naturel, à l'ombre des sous-bois !)

C'est une rencontre d'autant plus précieuse que l'espèce se fait rare. En Europe, ses populations ont chuté de près de 80 % en quarante ans ; elle est aujourd'hui classée « vulnérable » sur la liste rouge de l'UICN.
La disparition des haies réduit ses sites de nidification, les herbicides éliminent les plantes sauvages dont elle consomme les graines, et les sécheresses au Sahel compliquent sa survie hivernale.

Je ne l'avais jamais vue : c'est donc une première pour moi. Sa présence ici, dans la Somme est un signal d'espoir pour la biodiversité locale.

Cette rencontre m'a laissée avec une vraie bouffée de bonheur… et une conclusion qui s'est imposée d'elle-même : il y a des tourterelles qui nous réveillent… et d'autres qui nous émerveillent. Ce qui ne va clairement pas arranger ma relation avec celle qui squatte mon balcon !!!!!

🧬Tourterelle des bois (Streptopelia turtur)
📍Somme
📅Mai 2026

Une journée au Marquenterre Samedi matin, en arrivant et en voyant la queue à l'entrée, j'ai failli faire demi-tour ! Et...
03/05/2026

Une journée au Marquenterre

Samedi matin, en arrivant et en voyant la queue à l'entrée, j'ai failli faire demi-tour !

Et puis je me suis ravisée, d'abord parce qu'abonnée, je ne fais pas la queue, mais aussi parce que voir autant de monde vouloir partager ce lieu, ça fait plaisir.
Des jeunes, des moins jeunes, des familles… tous là pour la même promesse : la surprise du vivant.
Le Marquenterre n'est pas un zoo, on ne sait jamais ce qu'on va y observer, et c'est précisément ça que je trouve intéressant.

J'ai choisi de rester hors des observatoires pour la plupart, et de laisser venir à moi…
Pas toujours besoin de voir pour se ressourcer, le rossignol que je n'ai pas vu mais que j'ai entendu longuement me l'a rappelé. Le sauvage ne se dévoile pas toujours, il s'écoute aussi et c’est un vrai bonheur.

Du coup, mes plus belles surprises furent humaines. De beaux moments de partage avec plusieurs visiteurs, un fou rire avec un couple qui d’extasiait devant les Cigognes noirs qui n’étaient autre que des Grands Cormorans et une conversation riche avec trois jeunes qui travaillent au parc, passionnés, engagés, rayonnants.

J’ai quand même fait quelques rencontres que je partage mais qui ne reflètent vraiment pas la richesse de ce qu’on peut observer au Marquenterre mais c’est la première fois que j’arpente le parc de cette manière et je me suis régalée.

Merci le Marquenterre pour cette parenthèse, où la vie sauvage et la vie humaine se retrouvent, le temps d'une douce journée.

📍Parc du Marquenterre ( Baie de Somme)
📅Mai 2026

Ma petite évasion loin de la foule...Hier, il y avait un monde fou en Baie de Somme, alors j’ai décidé de prendre la clé...
02/05/2026

Ma petite évasion loin de la foule...

Hier, il y avait un monde fou en Baie de Somme, alors j’ai décidé de prendre la clé des champs. Direction l’arrière-pays pour un moment de calme, avec l'espoir secret d’apercevoir enfin des sangliers... Je crois bien que je suis la seule de la région à n'en avoir jamais vu !

Raté pour les sangliers cette fois, mais la nature avait prévu autre chose : un magnifique couple de chevreuils.

On reconnaît le mâle (brocard) aux bois qu’il porte sur la tête . La femelle (chevrette), n'en porte pas et a une tête plus fine.

Pour eux, ce n’est pas du tout la saison des amours, mais plutôt celle des mises bas. J’ai d’ailleurs l’impression que le ventre de la femelle est un peu rond et tendu...

C'est aussi la période de la mue de printemps : ils perdent leur pelage d'hiver gris/brun pour une parure d'été plus rousse. C’est ce qui explique cet aspect un peu "bourru" et irrégulier de leur fourrure sur mes photos.

Une parenthèse sauvage qui change des oiseaux et qui fait du bien.

🧬Chevreuils (Capreolus capreolus)
📍Baie de Somme
📅Mai 2026

Le baroudeur solitaireHabituellement, le Chevalier guignette est l’oiseau de l’agitation, toujours en mouvement au ras d...
30/04/2026

Le baroudeur solitaire

Habituellement, le Chevalier guignette est l’oiseau de l’agitation, toujours en mouvement au ras de l'eau. Le voir ainsi, statique et parfaitement à découvert sur une branche, m’a fait penser au Martin-pêcheur, qui choisit un poste d'observation pour sa vue imprenable sur le menu. Mais ici, la comparaison s’arrête vite : le Guignette n’est pas un pêcheur.

C’est un invertivore opportuniste dont le regard ne laisse rien passer. Adepte de la chasse à vue, il mise sur la précision de son bec fin pour saisir instantanément tout ce qui bouge à sa portée. Il se nourrit d’insectes mais aussi de petits invertébrés aquatiques (vers, crustacés, mollusques) qu’il capture en glanant avec adresse à la surface des zones peu profondes, sans avoir besoin de plonger pour se nourrir.

À peine 20 cm, et pourtant un sacré voyageur : venu d’Afrique subsaharienne, il remonte vers l’Europe dès le début du printemps. Contrairement à ses cousins de la famille des Scolopacidés (les limicoles), il préfère faire route seul, progressant étape par étape le long des cours d'eau.

Son nom lui va comme un gant. Si celui de "Chevalier" évoque l'allure élancée et élégante de ces "petits nobles" des rivages, celui de "Guignette" est plus pittoresque. Il viendrait de l’ancien verbe guigner, qui signifie "observer discrètement" ou "épier du coin de l’œil".

Toujours ce petit balancement du corps, presque nerveux, et ce vol rasant, rapide, insaisissable… Même à l’arrêt, on sent qu’il est déjà prêt à repartir.

En Baie de Somme, là où je l’ai observé, il est considéré comme un nicheur occasionnel ou très rare. L'essentiel des individus que l'on y croise sont en route vers leurs sites de nidification plus au nord ou en montagne. Pour se reproduire, il délaisse souvent le littoral pour s'enfoncer dans les terres.

Si ses effectifs restent stables à l'échelle européenne, il est de plus en plus vulnérable face à la pression humaine sur ses zones de reproduction. Il a un besoin vital de rives sauvages, de bois morts et de calme pour nicher à même le sol, souvent au milieu des galets. En France, le Chevalier guignette est, une espèce strictement protégée.

L'avoir observé ainsi est un moment privilégié ; la sensation d’avoir partagé un instant avec un voyageur solitaire qui reprend des forces avant de poursuivre son périple.

🧬Chevalier guignette (Actitis hypoleucos)
📍 Baie de Somme
📅Avril 2026

L’habitant des cavernesIl y a des voix que l’on connaît par cœur sans toujours pouvoir y associer un regard. On l’entend...
21/04/2026

L’habitant des cavernes

Il y a des voix que l’on connaît par cœur sans toujours pouvoir y associer un regard. On l’entend chanter avec une puissance phénoménale, mais il reste souvent caché dans l’ombre des recoins sombres. Et puis, un matin, le rideau se lève. Ce n’est pas moi qui l’ai trouvé ; c’est lui qui a décidé de s’inviter dans mon cadre.

Le troglodyte mignon, celui que j’espérais tant.
Son nom latin, Troglodytes troglodytes, signifie littéralement « celui qui habite dans les cavernes ». Un nom qui lui va à merveille : il passe son temps à se faufiler avec une agilité incroyable dans les cavités, les trous de murs ou sous les racines. Une petite souris à plumes !!!

C’est un minuscule gabarit de 8 à 10 grammes .Une bille de plumes rousses surmontée d’une queue presque toujours dressée à la verticale. Un véritable gouvernail, qui lui permet de virer de bord en une fraction de seconde.

Insectivore au métabolisme fulgurant, il vit en équilibre permanent. Il brûle presque instantanément ce qu’il consomme et doit consacrer l’essentiel de sa journée à se nourrir. En hiver, quelques heures sans manger peuvent suffire à le mettre en danger. Son organisme est une véritable machine à transformer les insectes en énergie, au service de ses déplacements nerveux et de son chant étonnamment puissant.

Le mâle, lui, est un architecte… et parfois un séducteur méthodique. Au printemps, il construit plusieurs nids (parfois jusqu’à huit) de petites sphères de mousse et de feuilles. La femelle visite, choisit, puis aménage l’intérieur avec soin.

Sédentaire, il reste fidèle à son territoire toute l’année. Bien que classé en « préoccupation mineure », il n’en demeure pas moins vulnérable aux hivers rigoureux.

Le voir évoluer ainsi m’a rappelé le rôle essentiel de son environnement. Le roncier est son château fort : un refuge impénétrable et un garde-manger inépuisable.

Notre rencontre a connu un épilogue inattendu. Alors que je m’apprêtais à partir, assise sur un banc, il est venu me rejoindre à plusieurs reprises. Puis, une dernière fois, il s’est posé face à moi. Comme un au revoir.

Un instant suspendu.
Je suis repartie avec la carte mémoire pleine et le sentiment rare d’avoir été tolérée dans son monde.

🧬Troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes)
📍Baie de Somme
📅 Avril 2026

L'exceptionnelle rencontreIl est familier, habite la plupart de nos parcs et jardins (pour ceux qui ont la chance d’en a...
13/04/2026

L'exceptionnelle rencontre

Il est familier, habite la plupart de nos parcs et jardins (pour ceux qui ont la chance d’en avoir) et moi, je l’adore. Il fait partie de mes préférés. Le Rouge-gorge familier (Erithacus rubecula) est un oiseau passionnant, bien plus complexe et combatif que son allure "mignonne" ne le laisse supposer.

Depuis le temps que je prends plaisir à l’observer, je remarque à quel point ce "petit guerrier" est différent des autres. Il est l'un des rares oiseaux à défendre un territoire toute l'année, et pas seulement pour se reproduire. Il ne tolère aucune intrusion chez lui : un rouge-gorge qui entre sur le domaine d'un autre est immédiatement pris en chasse. Si les avertissements sonores (le chant) et les postures (bombage de torse) ne suffisent pas, le rouge-gorge passe à l'attaque physique. Ces duels sont sérieux : ils cherchent à piquer les yeux ou la nuque de l'adversaire. C’est très impressionnant et vient en contraste total avec son apparence de peluche.

Pourtant, le printemps venu, ce tempérament farouche s'efface pour laisser place à une collaboration fascinante. La solitude habituelle disparaît alors au profit d'une entente remarquable pour bâtir le futur foyer. Qu'il s'agisse de transporter de la mousse ou de collecter des feuilles sèches, le travail de construction devient une affaire de couple. Ensemble, ils s'activent pour préparer un abri discret, souvent dissimulé près du sol, où ils mèneront à bien leurs prochaines couvées.

Contrairement à d'autres espèces (comme le Merle noir ou le Pinson des arbres), le rouge-gorge ne présente aucun "dimorphisme sexuel" et la femelle chante aussi bien que le mâle. L’arrivée du printemps trahit enfin leur identité. L'observation d'un nourrissage devient la clé du mystère : en offrant une proie à sa compagne, le mâle révèle son rôle et scelle leur union. C'est la femelle seule qui finalise le nid à l'aide de mousse, de feuilles mortes et de radicelles, en tapissant l'intérieur de poils ou de plumes, mais le mâle participe activement au transport des matériaux. Elle seule couve les œufs, et le couple restera uni pour mener à bien deux, voire trois couvées successives, s'engageant dans un véritable marathon parental.

Ce n'est qu'une fois la dernière nichée devenue autonome que ce pacte de solidarité prend fin. L'instinct solitaire reprend alors ses droits et chacun repart de son côté, redevenant parfois même rival pour défendre son territoire hivernal. Comme un changement de logiciel en fait !

J’ai adoré observer ce couple de rouges-gorges familiers. Une première pour moi, et je me suis dit que finalement, même les plus solitaires ont besoin d'amour... au moins pour une saison !

Reste à espérer qu’un chat ne les trouveras pas !

🧬 Rouge-gorge familier (Erithacus rubecula)
📍Baie de Somme
📅 Avril 2026

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