01/08/2025
Grenoble, comme un film noir sous les Alpes
Il y a des villes qu’on regarde, et d’autres qu’on cadre. Grenoble, pour moi, c’est un plan séquence permanent. Une tension entre la verticalité brute des montagnes et l’horizontalité urbaine, étirée comme une pellicule. On la croit discrète, enclavée, modeste. Mais à travers mon objectif, elle prend une toute autre dimension — celle d’une métropole qui gronde en silence, comme un décor de cinéma prêt à exploser.
On me dit souvent que mes clichés de Grenoble ressemblent à New York. Ce n’est pas une question d’échelle, c’est une question de contraste. Des lignes droites, des ombres dures, des blocs de béton qui s’élèvent comme des gratte-ciel miniatures. Les rues sont étroites mais profondes, les perspectives tracent des fuites vertigineuses entre les immeubles, jusqu’aux cimes enneigées qui jouent les figurantes muettes.
Grenoble a ce quelque chose de brut, d’industriel, presque dystopique. Mais c’est justement là que naît la poésie. Les tags sur les murs deviennent des dialogues, les néons humides des parkings souterrains ressemblent à des scènes de thriller, et la brume des matins d’hiver joue le rôle du chef opérateur. La ville se transforme en décor, en personnage même — fatiguée, nerveuse, mais intensément vivante.