19/04/2021
Strasbourg - Los Angeles - Strasburg, ND :
André Theisgen est né en 1949 à Strasbourg (Alsace) d'un père brigadier-gendarme et serrurier et d'une mère au foyer, malgré-nous envoyée en camp de travail pendant la guerre et blessée par une bombe. Il a grandi dans une ville en pleine reconstruction, d'abord à Koenigshoffen (rue de l'Elfterrain) puis rue André Seyboth. Il se souvient d'avoir été emmené au poste à l'âge de 11 ans pour avoir été dénoncé par un camarade alors qu'il avait barbouillé avec une craie une inscription "Algérie française" peinte sur un mur strasbourgeois, épisode qui entraîna une grosse soufflante de sa mère à l'encontre des gendarmes et une raclée de son père à la maison.
Sur la recommandation d'une parente installée là-bas, la famille a émigré à Los Angeles en 1965 dans l'espoir d'y trouver une vie moins difficile. A l'arrivée à New York, la personne qui devait accueillir les Theisgen ne s'est pas présentée, et ils ont malgré tout réussi miraculeusement à embarquer dans un vol pour Los Angeles, ne parlant ni ne comprenant un seul mot d'anglais. Une phrase de son père restera à jamais gravée dans sa mémoire alors qu'un inconnu embarquait leurs valises : "Si ce type vole nos valises, on n'aura plus rien".
La famille a été installée dans un appartement sur La Cienega Boulevard à Hollywood. Le père a immédiatement trouvé un travail de ferronnier, fabriquant des clôtures pour les riches de Beverly Hills pour à peine plus d'un dollar de l'heure, et les enfants ont appris l'anglais dans la rue puis à l'école. Le père est ensuite monté en grade suite à une rencontre fortuite avec le directeur de Warner Brothers, étant engagé chez eux et devenu membre de l'International Alliance of Stage Theatrical Workers. Une fois sorti du lycée, André, qui travaillait déjà à temps partiel comme pompiste, a candidaté pour une affiliation à l'IBEW (syndicat des travailleurs de l'électricité), et été placé sur liste d'attente.
En 1970, coup de théâtre : André s'est retrouvé conscrit dans l'armée américaine en pleine guerre du Vietnam. Ayant au bout de trois semaines décidé d'être un membre à part entière de l'armée, il est devenu réparateur d'artillerie à Fort Carson, Colorado. Le jour où il a acheté sa première voiture, il a dû tout plaquer pour une affectation en Allemagne, se retrouvant à Francfort, puis à Kaiserlsautern, puis à Baumholder (101 bars pour 1200 habitants à l'époque), élargissant ses compétences au domaine de l'armurerie.
Rentré aux Etats-Unis en 1973, il a décidé de quitter l'armée et est enfin devenu membre du syndicat de l'électricité, ce qui lui assurait son avenir professionnel. Il a renoncé un emploi dans une usine d'ordinateurs (!), "trop bruyant", avant d'être engagé chez Warner Brothers, où il est arrivé sur le dernier jour de tournage de la série Bonanza. Il a gravi les échelons, et rencontré dans le cadre de son travail des stars comme John Wayne et Arnold Schwarzenegger, pour devenir chef électricien, avant de poursuivre en 1979 et finalement de terminer sa carrière chez CBS au même poste.
En 2001, André, qui glandait sur l'ordinateur qu'on venait de lui installer dans son bureau de CBS, a commencé une recherche immobilière pour sa ville natale qui l'a aiguillé par erreur vers Strasburg, North Dakota, ville dont il n'avait jamais entendu parler. Fatigué du tumulte de Los Angeles et cherchant un environnement plus tranquille, il a fait l'acquisition par Internet d'une maison à 8000 dollars. Une fois installé, il a fini par y acheter 11 maisons à bas prix, mais s'est débarrassé depuis de la plupart, ne parvenant pas à les louer. Ayant bouclé une boucle atypique, André consacre sa retraite strasburgeoise à de nombreuses collections qui occupent plusieurs pièces de sa maison : armes, casques, monnaie, DVD, timbres... Sa mère, âgée de 92 ans, l'a suivi et vit dans sa propre maison à Strasburg. Ils communiquent en alsacien et en anglais, mais jamais en français, langue qu'il dit perdre peu à peu.