09/05/2026
Tranche de vie,
Je ne suis pas du genre peureux au volant, mais on a tous notre limite.
J’ai passé mon permis de conduire à la montagne. Dans les Alpes pour être exact. Mon moniteur d’auto-école à Gap (je te salue si tu vois passer ça!) nous faisait pratiquer les démarrages en côte dans le col Bayard qui malgré sa pente moyenne de 6-7% a quand même une partie à près de 13%. Le tout sur une voiture manuelle. Chanceux, j’ai fais toutes mes heures sous la pluie ou sur la neige. C’était il y a 25 ans déjà (maudit le temps passe vite).
Depuis j’ai fait des centaines de milliers de km sur tout types de routes, dans plusieurs pays. Du brouillard écossais au soleil du lac de Côme et du fort mistral de Provence aux tempêtes du Québec.
Il y a quelques jours, on a pris la Promenade des Glaciers entre Lake-Louise et Jasper. C’est une route de montagne, avec une partie avec une longue côte qu’il faut bien évidement redescendre.
Me voilà avec mon gros motorisé (Qu’on a appelé Paolo pour l’instant car d’après les derniers propriétaires il aurait appartenu à Paolo Noël. Je sais pas si c’est vrai, mais c’était assez pour lui donner ce nom!).
On parle d’un engin de 22000lb, environs 26000 si on compte la voiture derrière.
On attaque la montée de plusieurs kilomètres pour atteindre le sommet. Je mets habilement la transmission sur « 3 » puis sur « 2 » afin de gravir la côte.
Dans un bruit de tous les diables du pauvre moteur, bien qu’énorme (8.1l) le motorisé monte tranquillement. Mieux que j’espérais en vrai. 60 km/h, le pied dans le fond. Je m’excuse d’ailleurs pour le bruit qui devait percer la montagne. 🏔️
Puis on passe le col et c’est là qu’une petite inquiétude naît. Si tu me suis depuis le début du voyage, tu sais que j’ai fait refaire les freins juste avant de partir.
Mais je suis le genre de conducteur qui ne freine pas tant. En voiture (hybride) je joue souvent avec le frein moteur. Avec le bus, j’ai tendance aussi à jouer avec la transmission.
Je savais que plusieurs km (environ 3) de descente à 8% m’attendaient. Je ralentis donc, ça tombe bien, la vitesse est limitée aux pieds des glaciers.
J’attaque la descente en « 3 » puis « 2 » puis « 1 », le motorisé prend quand même de la vitesse. J’utilise la bonne vieille technique des freinages forts et court pour éviter de trop faire monter en chaleur.
Je dois avouer qu’à ce moment je me sens pas totalement zen. Les virages s’enchaînent. Soudain, je détecte une odeur de freins chauffés. Je déteste cette odeur. Mais par chance, je suis en bas. Le bas côté est assez large pour m’arrêter. Je me stoppe donc pour reposer la bête (et le bonhomme).
Je me questionne à ce moment, déçu par mon bus ou ma conduite. Il ne me semble pas avoir tant freiné et avoir fait ce qu’il fallait.
40 minutes plus t**d, on reprend la route jusqu’à Jasper sans souci.
Je suis retourné le surlendemain en voiture jusqu’aux glaciers pour y faire des photos (elles arrivent bientôt!) et j’ai finalement compris que la route était vraiment quelque chose pour un véhicule lourd. Ça m’a rassuré.
Ça me dit aussi que je ne suis pas fait pour être trucker 🚛, une voiture en montagne, c’est bien en masse!
Sur les 6000km qu’on a fait jusqu’ici, c’est la seule fois où j’ai eu des inquiétudes, c’est pas si mal. Et bon, un peu d’instinct de survie, c’est utile!
Pour le reste de la route, on ne devrait plus rencontrer de longues descentes. Par contre, ça fait plusieurs nuits qu’on tourne autour de 3 degrés. Certains arbres commencent déjà leurs couleurs d’automne.
Dans quelques jours, on passe par Lytton, la ville la plus chaude du Canada. On y est passé en 2024. Elle a malheureusement été détruite à 90% par un incendie en 2021. Lors de notre passage, il devrait faire autour de 28 degrés. C’est fou la différence dans une aussi petite distance!
-Ulrich-