10/30/2026
Le grand corbeau et la malédiction d'Apollon
Dans le Livre II des Métamorphoses, le poète latin Ovide raconte la tragique histoire de Coronis et du corbeau vers l'an 8 après J.-C. Tout commence par une trahison amoureuse lorsque la magnifique Coronis de Larissa, alors enceinte du dieu Apollon qui l'aime éperdument, cède en secret aux avances d'un simple mortel nommé Ischys.
Le corbeau, qui possède à cette époque un plumage d'un blanc immaculé, surprend les deux amants. Malgré les avertissements pressants d'une corneille qui croise sa route et lui conseille s'il veut vivre heureux de se taire, l'oiseau blanc n'écoute personne et s'empresse de voler vers Apollon pour lui révéler l'infidélité de sa maîtresse.
La réaction du dieu de la lumière ne se fait pas attendre. Sous le coup d'une douleur immense et d'une rage f***e, Apollon décoche instantanément une flèche fatale qui transperce le cœur de sa bien-aimée. En train de mourir dans les bras de son amant divin, Coronis lui murmure qu'elle méritait certes ce châtiment pour sa faute, mais elle déplore avec agonie la mort imminente de l'enfant qu'elle porte en son sein.
Saisi d'un remords tardif et déchirant, Apollon réalise l'horreur de son geste et tente en vain de ranimer la jeune femme par la médecine. Juste avant que le corps de Coronis ne soit entièrement consumé sur le bûcher funéraire, le dieu parvient à extraire le bébé miraculé de ses entrailles. Il s'agit d'Asclépios, le futur dieu de la guérison, qu'Apollon s'empresse de confier au sage centaure Chiron pour assurer son éducation.
Vient enfin le temps du châtiment pour le délateur. Pour punir sévèrement le corbeau d'avoir apporté cette funeste nouvelle et d'avoir causé indirectement la mort de la femme qu'il chérissait, Apollon jette sur lui une terrible malédiction. Le dieu métamorphose ses plumes blanches en un noir de jais et transforme son cri divin en un croassement sinistre et guttural, annonciateur de mort, le condamnant pour l'éternité à n'être plus qu'un oiseau de mauvais augure.