11/05/2022
Les oiseaux et l’Yonne / Rubrique
La GRANDE AIGRETTE (Ardea alba)
Ma première grande aigrette, je l’ai vu en 1993-94 à la limite de la côte d’Or et de la Saône et Loire, au sein d’un groupe d’une dizaine de hérons cendrés. Elle faisait figure de rareté en France à l’époque et se cantonnait à l’Europe de l’Est, notamment sur le pourtour de la Mer Noire. De prime abord, j’ai cru à un héron albinos et puis il a bien fallu se ranger aux évidences, c’était bien une grande aigrette.
A l’heure où Paul Géroudet la décrit en 1977 dans « Grands échassiers, gallinacés, râles d’Europe », il ne fait référence qu’à des observations dans le delta du Danube, en Hongrie, en Autriche, en Grèce et en Italie, c’est dire si l’espèce semble absente en Europe de l’Ouest. Il y évoque aussi la rareté des données disponibles sur cet oiseau et sa quasi disparition au début du XXème siècle ; il estime d’ailleurs que seuls subsistent un petit millier de couples reproducteurs à l’échelle de l’Europe, Russie européenne comprise.
La grande aigrette a fait les frais de son magnifique plumage nuptial blanc immaculé au profit des chasseurs plumassiers œuvrant au gré des modes vestimentaires. Et pourtant, aujourd’hui protégée dans de nombreux pays, on la voit maintenant un peu partout dans nos régions, essentiellement en hiver dans les marais et dans les grands prés où elle chasse poissons et micromammifères (comme le campagnol) pour se nourrir. La Grande Brière, sur la façade Atlantique française, a même accueilli quelques couples nicheurs récemment.
Cependant le péril n’est pas écarté pour toujours et cette espèce doit aujourd’hui faire face à l’activité humaine dans la dégradation, voire la disparition, des zones humides qui entraine une perte de son habitat. Pour exemple, dans les années 1990 en Irak, l'assèchement à grande échelle des marais de Mésopotamie (20000 km2 à l’origine dont subsiste 10000 km2 aujourd’hui) a provoqué une baisse significative de la diversité biologique et ses effets ont entrainé une réorganisation des aires de reproduction, et surtout d'hivernage de la Grande Aigrette. Aujourd’hui le débit d'eau dans les marais a été restauré et l'écosystème a commencé à se redresser ; cependant, un autre péril guette déjà : les prélèvements d’eau dans le Tigre et l’Euphrate par les pays voisins de l’Irak à des fins d’irrigation et d’alimentation en eau des villes.
Pour aller plus loin et découvrir son cri :
https://macaulaylibrary.org/asset/97418
Plus d’images d’oiseaux de notre région (mais pas que…) ? Suivez-moi sur facebook, instagram ou Adobe Stock (ツ)
https://stock.adobe.com/fr/contributor/210387220/JF%20Gazeilles