03/12/2022
🆘🚨‼️ KURDISTAN - IRAK - IRAN
Je recherche un éditeur : 
« La frontière
Dimanche 2 novembre 2003
Installée près du chauffeur à l’avant du taxi, je regarde défiler le paysage dans l’aube iranienne. À notre gauche, par-delà les cyprès élancés qui bordent la route, des paquets de brume froide traînent à la surface d’un lac, se gonflant et se dégonflant au gré de leur chorégraphie de brume. Des gros paquets d’herbe et de joncs émergent de l’étendue anthracite sur laquelle se reflètent les crêtes lumineuses des monts Zagros. Frappée par le soleil levant, la montagne paraît rose. C’est vers elle que se dirige notre taxi, et de l’autre côté, à moins de cent kilomètres, sur un plateau calé à neuf cents mètres d’altitude, dans ce pays qui a volé en éclat il y a huit mois, se trouve Souleimani, la ville où je dormirai ce soir. »
…
Voilà, ce sont les presque premières lignes d’un récit où j’ai tenté de raconter quelque chose du Kurdistan, de raconter l’histoire d’une campagne d’extermination des Kurdes, et de dire aussi mon incapacité à le faire pendant près de vingt ans.
Il n’y a pas de retour en arrière possible quand toute notre vie on a été étouffée par le syndrome de l’imposteur, qu’on ne s’est pas sentie légitime pour raconter cette histoire, qu’on a pas réalisé ses rêves de journaliste, dont le premier était d’être passeuse d’histoires.
Mais parfois, on essaie de se rattraper, de prendre ses responsabilités vis-à-vis des personnes que l’on a rencontrées et qui nous ont confié les morsures incessantes que la douleur et le souvenir creusent au fond de leur âme.
Ce récit s’appelle « Le blues d’Halabja ».
C’est celui des survivants d’une campagne d’extermination, l’Anfal. C’est aussi l’histoire d’une femme, moi, qui se rend sur les lieux de ces massacres, qui retourne pour la troisième fois arpenter un territoire où quinze ans auparavant, l’armée de Saddam Hussein a exterminé 180000 personnes. Parce qu’elles étaient Kurdes. 

Oui, je cherche une maison d’édition…