Emile Joyeux Photographie

Emile Joyeux Photographie Partez avec moi explorer les paysages sauvages de Haute-Maurienne, à la rencontre de la faune discrète qui habite notre vallée.

Au fil de mes observations, je partagerai ici mes plus belles rencontres naturalistes !

Il chemine dans les pelouses alpines, s'élance sur les crêtes verdoyantes et dévale les derniers vestiges de la saison f...
27/05/2026

Il chemine dans les pelouses alpines, s'élance sur les crêtes verdoyantes et dévale les derniers vestiges de la saison froide que le printemps consume.
À chacun de ses pas, se dissipent les couleurs de l'hiver ; derrière lui, les plumes blanches qu’il abandonne gardent la mémoire des tempêtes traversées.
Revêtu de son costume prénuptial, le mâle marche fièrement aux côtés de sa poule.
Dans le silence des hauteurs, les yeux perdus dans les jumelles, je les observe chercher dans l'herbe rase quelques pousses de camarine et de bruyère.
L’aube tarde toujours dans les vallées encaissées. Avant même que la lumière n’atteigne les pentes, le chant rauque du mâle s’élève déjà au-dessus des éboulis.
Son envol est lourd, presque maladroit.
En l'air, impossible de le manquer.
Au sol, impossible de le retrouver.
Lorsqu’il replie ses ailes parmi les pierres, l’oiseau disparaît presque aussitôt.
En montagne, survivre commence par disparaître.
Chaque pas est réfléchi, l’approche exige patience et discrétion.
Le photographe l'a bien compris, il est repéré depuis longtemps déjà. Les oiseaux restent là pourtant, sans agitation ni méfiance apparente, animés d’une témérité surprenante.
Tapie au pied des graminées, la poule se confond si parfaitement avec son environnement qu'elle en devient presque impossible à distinguer.
Le mâle lui, se tient à découvert, volontairement. Par instinct, il sait ce qu'il doit faire : Retenir l'attention, occuper le danger. Il fixe sur lui les regards étrangers et laisse ainsi à la femelle le temps de s'éloigner lentement.
L'une s'efface, l'autre se révèle.
Le danger dissipé, le couple se reforme un peu plus haut sur le versant. La poule endosse désormais son rôle le plus précieux : porter la vie et mettre au monde dans quelques semaines, 5 à 8 poussins. Elle ne doit en aucun cas risquer la sienne.

(Lagopède Alpin, Savoie, France)

Je me suis souvent demandé ce que ces bouquetins pouvaient se raconter, perchés sur leurs balcons de pierre, quand la mo...
15/05/2026

Je me suis souvent demandé ce que ces bouquetins pouvaient se raconter, perchés sur leurs balcons de pierre, quand la montagne retombe dans son silence de cathédrale. Peut-être échangent-ils des histoires de glaciers qui reculent, des tempêtes traversées, qu'ils commentent la couleur du ciel, qu'ils se rappellent d'anciens hivers, ceux où la neige arrivait sans prévenir ? Peut-être parlent-ils des humains qui passent, de leurs sacs trop lourds et de leurs souffles trop courts ?

J'ai attrapé mon sac, mon appareil et je suis parti comme un gamin qui s'apprête à surprendre une bande de copains. Et je les ai trouvé là, riant à s'en décrocher les flancs, tellement secoués, j'ai cru que l'un d'eux allait rouler dans le pierrier.
Adossé à ce rocher, je les ai écouté de longues minutes, immobile, presque retenu par leur bonne humeur.
Je les pensais joueurs, bienveillants, de paisibles compagnons de sentiers.
Et puis le rideau est tombé. Ils riaient du monde, de nous, de nos pas hésitants et nos vestes fluo. Car si les randonneurs se réjouissent de les apercevoir au détour d'un lacet, le soir venu, les bouquetins débriefent leur f***e journée : l'un d'eux mimait la "pause au sommet", pendant que l'autre faisait semblant de chercher le GR comme un touriste perdu.
Et comment leur en vouloir ? Leurs sabots, chefs-d'œuvre d'équilibre, les portent là où nos chaussures trébuchent.
Si vous saviez ce que j'ai entendu...

🐐 "Les humains cherchent le sommet pour trouver la paix, nous on trouve la paix quand ils redescendent. En me réveillant de ma sieste, je fais un pas et je trébuche sur un caillou humide. J'ai senti l'humain en moi. Alors j'ai fait semblant d'avoir voulu tomber, et j'ai balancé quelques pierres sur les curieux en contre bas !
Sans parler de celui qui, hier soir, essayait de grimper là où je passe pour aller pi**er. Il a mis une heure vingt. Une heure vingt. Je voulais presque lui laisser un mot d'encouragement."

(Bouquetins des Alpes, Savoie, France)

Les vieilles forêts de résineux sont de véritables sanctuaires où la vie se tisse à l'abri des regards. Chaque être trou...
23/04/2026

Les vieilles forêts de résineux sont de véritables sanctuaires où la vie se tisse à l'abri des regards. Chaque être trouve un toit, un souffle, un berceau. Leurs mystères restent souvent enfouis dans l'enchevêtrement des branchages, que la forêt ne dévoile qu'aux âmes attentives.
Seuls les arbres, enracinés dans leur silence, surprennent les confidences de la faune et n'en laissent échapper aucun murmure.

Marqué par la nostalgie de ce qu'il n'a pu contempler, le photographe désire à son tour surprendre ces scènes de vie qui ne se laissent saisir qu'une seule fois. Il tente de se fondre dans le décor, prenant l'apparence d'un buisson que le vent effleure, assis contre un tronc sans jamais atteindre l'immobilité parfaite. Autour de lui, une odeur singulière, la sienne, se répand, trahissant sa présence. Puis l'obscurité tombe, refermant une fois encore le voile sur la vie sauvage qui s'éveille à peine.
Au matin suivant, la vie le happe à nouveau, et lui rappelle que ses pas ne peuvent rester éternellement dans ces sous-bois. D'autres précieux instants naissent et s'effacent sans lui...

Ce pin, vieux de plusieurs décennies et aujourd'hui éteint, offre encore son aide à ce couple de chevêchettes. Bientôt, son antre sombre connaîtra la naissance d'une vie nouvelle, fragile et déplumée.
L'homme-buisson lui, reste immobile, guettant l'instant où la femelle interrompra sa couvaison pour une courte pause. C'est lorsque la lumière décline, que mes yeux se brouillent dans la pénombre, que la chouette aux yeux d'or quitte sa loge, comme un éclat de vie surgissant du crépuscule.

(Chevêchette d'Europe, Savoie, France)

Un paysage austère. Les roches nues et les herbes jaunies émergent d'une neige trop fine pour les dissimuler. Un univers...
31/01/2026

Un paysage austère. Les roches nues et les herbes jaunies émergent d'une neige trop fine pour les dissimuler. Un univers déserté, où la vie semble s'être retirée, enseveli sous une brume épaisse et une visibilité qui se perd.
Il faut savoir prendre le temps d'observer, patiemment, pour que certains secrets se dévoilent. Dans les yeux de cette hermine, la robe perlée d'humidité, se devine une certaine hésitation à sortir affronter le monde extérieur.
Sous cet abri de pierre, accoudée sur un îlot de mousse sèche, elle semble indifférente au risque de ternir la pureté de sa fourrure. Ici, son pelage n'est plus l'allié qu'il devrait être en hiver ; elle avance avec une prudence presque instinctive.
Une brève apparition, une étincelle venue dissiper la grisaille et la mélancolie de cette journée.
La rencontre ne tient qu'à deux dénouements. Le premier : elle choisira d'affronter la brume, au risque d'attirer l'attention des prédateurs. L'aigle survole, le renard rôde. Un pari dangereux qui offrirait au photographe le privilège d'une poignée de secondes supplémentaires en sa présence.
La seconde option condamnerait toute tentative de la photographier à nouveau et serait pour elle, une parfaite évasion. Si ce petit mustélidé semble régner sur la surface, elle excelle encore davantage dans les galeries souterraines qui serpentent sous nos pieds. Un véritable labyrinthe, creusé avec acharnement par les campagnols des neiges, qui deviennent bien souvent la proie de cette prédatrice infatigable.
L'image d'un instant. Je relève la tête, elle n'est déjà plus qu'un souvenir. Je scrute les alentours, espérant revoir celle qui peut à présent resurgir où bon lui semble.
Son royaume souterrain l'amènera au bas de cette combe ; un couloir accidenté, trop abrupt pour espérer la rejoindre sans l'effrayer. Je me contente de la regarder disparaître à nouveau, son repas serré entre les dents, vers un refuge gardé secret par la nature.

(Hermine, Savoie, France)

Il plane au-dessus des reliefs, rase les crêtes et s'efface sans un bruit. Un silence qui joue contre moi. Ces dernières...
24/01/2026

Il plane au-dessus des reliefs, rase les crêtes et s'efface sans un bruit. Un silence qui joue contre moi. Ces dernières semaines, malgré ma patience (et un certain acharnement), j'ai laissé filer bien plus de passages que je ne saurais en compter.
Le vautour des Alpes semblait prendre un malin plaisir à me surprendre. Comme s'il lisait mes pensées : trop haut, trop bas, surgissant de l'ombre lorsque je scrutais la lumière. Et ce souffle, ce murmure du vent sur son plumage ; ce "fiuuuuuu" qui signe l'échec, et sa silhouette qui s'éloigne déjà vers ces immensités où je ne peux le suivre.
Le cœur battant, je ne quitte pas l'horizon. Au moindre corbeau ou chocard, une pointe d'angoisse. La peur du passage manqué me tient en haleine.
Jour après jour, j'ai peaufiné mon emplacement, mémorisé ses horaires et appris à garder un œil partout. Et malgré tout, il trouve toujours le moyen de surgir au moment précis où je fouille mon sac pour attraper ma salade.
Avec le temps, tu comprends qu'à 11 heures, il gagne les thermiques à cet endroit, glisse dans les airs, frôle ce surplomb rocheux. Ce sera ma nouvelle "tour de contrôle". Je sais qu'il viendra. À moi d'être alerte, à moi de renverser le jeu, de le surprendre avant qu'il me surprenne.
Deux jours d'attente, ici, pour capturer ces quelques secondes. Les réglages sont prêts, l'oiseau capté aussitôt et le décor se charge d'envelopper la scène.
Quand on vit dans une vallée comme celle-ci, l'arrière-plan n'est jamais un souci.
Une dizaine de jours d'affût, de repérages et de tentatives pour partager enfin cette image de l'un des plus beaux joyaux de la Vanoise.

(Gypaète Barbu, Savoie, France)

Un décembre décalé, encore habillé de chaudes couleurs d'automne, porté par une douceur presque printanière. Les dernier...
12/01/2026

Un décembre décalé, encore habillé de chaudes couleurs d'automne, porté par une douceur presque printanière. Les derniers affûts de l'année 2025, suspendus à l'éventualité d'un rapide passage du vautour des Alpes, ont bien souvent dérivé en courtes siestes ensoleillées.
Inhabituel pour un hiver qui, d'ordinaire, me tenait serré dans les vestes superposées, la cagoule plaquée au visage, les cheveux figés par le froid.
Mais en ce début d'année, la neige retrouve nos montagnes et les couvre d'un généreux manteau blanc.
Pour la faune, l'hiver ouvre ses portes à de rudes épreuves. Chaque pas coûte, le froid mord, la nourriture manque. Un quotidien éprouvant, parfois mortel, pour tous ceux qui vivent là-haut.
Pour le photographe, la priorité est de ne pas ajouter de difficulté à une survie déjà précaire pour la faune. Patience et discrétion s'imposent comme des évidences. Avancer sans lever les yeux serait une erreur (même si jeter un œil à ses appuis n'est pas complètement inutile lorsque l'on évolue dans ces reliefs tourmentés).
Pour moi aussi, la neige fraîche ralentit la marche, alourdit le pas et impose son rythme, remettant en question bien des itinéraires pourtant réfléchis.
Mais à l'inverse de ceux que j'observe, je regagne le soir un abri chaud, un lit, et repars le lendemain l'esprit clair et les muscles reposés.
Lorsque la saison change, nos habitudes changent avec elle. La faune se déplace vers des altitudes plus douces, des conditions plus clémentes. Les empreintes dans la neige, cartes éphémères, ou fragiles signatures, guident le regard et offrent peut-être la promesse d'une courte apparition dans l'objectif.

(Cerf Elaphe, Savoie, France)

Il s'est installé ici, au milieu des Hommes. Peut-il vraiment leur faire confiance ? Est-ce naïveté ou clairvoyance ? Im...
25/10/2025

Il s'est installé ici, au milieu des Hommes. Peut-il vraiment leur faire confiance ? Est-ce naïveté ou clairvoyance ? Impassible, ce faucon crécerelle ne semble pas en douter.

Une grange ancienne, en périphérie d'un petit village de campagne, cernée de cultures battues où les parcelles se succèdent et s'étendent, comme un paysage sans frontière. Une haute bâtisse, une vaste cour intérieure : tout semble réuni pour une nichée sereine. Il reste à accepter la compagnie de quelques indésirables...
Fuir l'Homme, c'est choisir une vie de crainte. Mais comment faire autrement, quand son monde s'étire, s'impose et recouvre tout. Mieux vaut composer avec le danger que de s'y opposer en vain.
Fixer ses limites, c'est aussi se protéger. Les transmettre, c'est offrir à sa descendance les clés de la survie.

L'une des premières règles est de garder ses distances avec les bipèdes propriétaires des lieux. Car si cette cour semble offrir refuge, elle recèle de menaces. Au pas de trop, l'envol devient la seule échappatoire.
Deuxième leçon : se méfier des compagnons à quatre pattes, moustaches frémissantes, babines humides dès qu'ils nous aperçoivent. Ils bondissent sans prévenir et leurs intentions sont rarement amicales. Ici, l'hésitation coûte cher.
Alors, durant les premiers jours de votre vie ... la prudence peut faire toute la différence ! Le nid protège mais il ne retient pas. Le bord est proche et le monde d'en bas n'a rien d'un duvet.
Il faut bien l'admettre, vivre ici à tout de même ses avantages. Une abondance discrète mais généreuse de nourriture. La grange, véritable garde-manger grouille de rongeurs, les arbres bruissent de vie, et les champs débordent de proies bondissantes. Alors oui, il faut rester sur ses gardes, mais le banquet vaut bien quelques frayeurs.

(Faucon Crécerelle, Jura, France)

Après de longs mois de silence, l'appareil oublié sur l'étagère s'est couvert d'une fine poussière. Il est temps de reno...
27/09/2025

Après de longs mois de silence, l'appareil oublié sur l'étagère s'est couvert d'une fine poussière. Il est temps de renouer avec les sentiers, de lacer à nouveau les chaussures de montagne et de retrouver la terre des rois porté par cette conviction : "endure l'attente, ta patience sera récompensée".

Comme chaque année, à l'heure où la nature change de parure, où les cimes se couvrent de leur délicat manteau blanc, les fiers souverains de nos forêts se réunissent offrant aux âmes émerveillées la puissance d'un rite originel : le brame.
Il est difficile pour moi de mettre en mot cet appel intérieur qui me ramène inlassablement sur leurs traces.

À l'abri des regards indiscrets, le sous-bois s'anime : les branches se brisent, des pas lourds martèlent le sol et déjà s'installe la loi du plus fort, sans pitié ni indulgence. Aux yeux des plus vigoureux, chaque cerf est perçu comme un rival potentiel. Les plus jeunes, hésitants, retiennent leur voix, contraints de quitter l'arène pour éviter l'affrontement.
Poussé à la fuite, ce jeune cerf s'avance sur la berge, désorienté. Reculer est impossible. D'un pas maladroit, il pose ses sabots sur les roches humides tapisées de mousse. Se jeter à l'eau devient alors l'unique échappatoire.

Viendra le temps où ce petit six cors régnera sur ceux qui autrefois lui faisaient obstacle. Nul ne pourra contester sa supériorité. Pour l'heure, un vaste chemin d'expérience s'ouvre encore devant lui ...

(Cerf Elaphe, Savoie, France)

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