27/05/2026
Il chemine dans les pelouses alpines, s'élance sur les crêtes verdoyantes et dévale les derniers vestiges de la saison froide que le printemps consume.
À chacun de ses pas, se dissipent les couleurs de l'hiver ; derrière lui, les plumes blanches qu’il abandonne gardent la mémoire des tempêtes traversées.
Revêtu de son costume prénuptial, le mâle marche fièrement aux côtés de sa poule.
Dans le silence des hauteurs, les yeux perdus dans les jumelles, je les observe chercher dans l'herbe rase quelques pousses de camarine et de bruyère.
L’aube tarde toujours dans les vallées encaissées. Avant même que la lumière n’atteigne les pentes, le chant rauque du mâle s’élève déjà au-dessus des éboulis.
Son envol est lourd, presque maladroit.
En l'air, impossible de le manquer.
Au sol, impossible de le retrouver.
Lorsqu’il replie ses ailes parmi les pierres, l’oiseau disparaît presque aussitôt.
En montagne, survivre commence par disparaître.
Chaque pas est réfléchi, l’approche exige patience et discrétion.
Le photographe l'a bien compris, il est repéré depuis longtemps déjà. Les oiseaux restent là pourtant, sans agitation ni méfiance apparente, animés d’une témérité surprenante.
Tapie au pied des graminées, la poule se confond si parfaitement avec son environnement qu'elle en devient presque impossible à distinguer.
Le mâle lui, se tient à découvert, volontairement. Par instinct, il sait ce qu'il doit faire : Retenir l'attention, occuper le danger. Il fixe sur lui les regards étrangers et laisse ainsi à la femelle le temps de s'éloigner lentement.
L'une s'efface, l'autre se révèle.
Le danger dissipé, le couple se reforme un peu plus haut sur le versant. La poule endosse désormais son rôle le plus précieux : porter la vie et mettre au monde dans quelques semaines, 5 à 8 poussins. Elle ne doit en aucun cas risquer la sienne.
(Lagopède Alpin, Savoie, France)