05/09/2026
À propos du nouveau rond-point de Sidi Aïch
Je vois depuis quelque temps plusieurs propositions générées par l’intelligence artificielle concernant l’aménagement du nouveau rond-point de Sidi Aïch, avec des monuments, des statues et différents symboles censés représenter l’identité kabyle.
L’idée de réfléchir à l’identité de notre ville est évidemment intéressante. Mais une image générée par l’IA ne constitue ni une étude urbaine, ni un projet d’aménagement, encore moins une participation citoyenne.
En tant qu’ingénieur en génie urbain, je pense qu’il faut rappeler quelques principes fondamentaux.
Un rond-point est avant tout une infrastructure routière. Son aménagement doit tenir compte de la sécurité, de la visibilité, des trajectoires, des champs visuels des conducteurs, de la lisibilité de l’intersection, de l’entretien et du comportement des usagers.
On ne peut donc pas simplement placer une statue imposante ou une structure massive au centre d’un giratoire parce qu’elle « représente l’identité » de la ville.
👉 La question n’est pas seulement : « Est-ce que c’est beau ? »
Il faut également demander :
Est-ce que le conducteur dispose d'une bonne visibilité ?
Est-ce que l’aménagement crée un obstacle dangereux en cas de sortie de trajectoire ?
Est-ce que les dimensions et les hauteurs sont adaptées ?
Est-ce que le projet respecte les contraintes de sécurité routière ?
Est-ce que les matériaux résistent au climat et au vandalisme ?
Qui va assurer son entretien ?
Est-ce que l’aménagement améliore réellement l’espace public ?
Et surtout, l’identité kabyle ne doit pas être réduite à quelques symboles posés au milieu d’un rond-point.
L’identité d’un territoire se construit aussi à travers l’architecture, les matériaux, les façades, les espaces publics, les revêtements, le mobilier urbain, la végétation, la signalétique, l’artisanat, l’histoire locale et surtout les usages et les comportements des habitants.
Pourquoi ne pas commencer par valoriser les espaces publics existants ?
Pourquoi ne pas travailler sur les façades en briques rouges qui caractérisent certains quartiers ?
Pourquoi ne pas réhabiliter les espaces publics aujourd’hui dégradés, occupés par les déchets ou mal entretenus ?
Pourquoi ne pas créer des placettes, des parcours piétons, du mobilier urbain et une signalétique inspirés du patrimoine local ?
Pourquoi ne pas intégrer progressivement les motifs, les matériaux et les savoir-faire kabyles dans l’ensemble du paysage urbain, plutôt que de concentrer toute l’identité sur un seul monument ?
Et concernant la participation citoyenne, elle ne consiste pas uniquement à publier une image IA et demander aux gens de choisir celle qu’ils préfèrent.
La véritable participation citoyenne, c’est écouter les habitants, identifier leurs besoins, comprendre leurs usages, recueillir leurs propositions, les confronter aux contraintes techniques et réglementaires, puis construire un projet avec eux et avec les professionnels concernés.
L’intelligence artificielle peut être un excellent outil de visualisation et d’idéation. Elle peut nous aider à imaginer différentes possibilités.
Mais elle ne remplace ni l’ingénieur, ni l’architecte, ni l’urbaniste, ni l’étude technique, ni la concertation citoyenne.
Notre identité mérite mieux qu’un décor posé au hasard.
Elle mérite un véritable projet urbain.
— BOUZABAL FARES
Ingénieur en génie urbain