09/22/2026
Chère Alice, j’ai peur de ne pas être assez forte pour te protéger.
À ce temps-ci, je devrais faire la promotion de mes racines de pivoines et de nos bulbes de tulipes. Sauf que c’est au-dessus de mes forces. 😥
La seule chose dont j’ai envie c’est pleurer et hurler. Chaque jour, je me force à afficher un masque d’assurance lorsque je lui dis : « Bonne journée à l’école, je t’aime!». Pourtant, alors même que je la serre dans mes bras, je tremble.
Régulièrement, je me demande si ma fille un jour va me détester. Me reprochera t’elle d’avoir choisi de la mettre au monde, alors que tout s’effondre? Elle qui aime tant les animaux, comment acceptera-t-elle de les voir disparaitre?
Je sais que mes paroles aujourd’hui vont en choquer plusieurs, mais je l’assume.
En agriculture, je suis au premier rang à observer le vivant, très peu de gens réalisent combien son équilibre est fragile. Moi, je sais qu’un redoux hâtif peut compromette l’ensemble de la production des vergers avec des arbres qui se réveillent trop tôt. Je comprends qu’une sécheresse qui s’étend depuis 5 mois en France est une catastrophe écologique pouvant mener à la famine.
Je vois l’autorisation de pesticides jusqu’ici interdit et je remarque littéralement le chant des oiseaux qui disparait dans nos campagnes. Les lucioles qui s’éteignent.
J’écoute le discours de nos politiciens qui efface l’environnement de cette campagne, promettant « pragmatisme » et «austérité». Je remarque la complicité des médias, car leur silence est bruyant.
J’entends ce discours qui argumente que les immigrants encombrent nos hôpitaux et nos écoles. Le fait qu’ils soient né ici ne change rien, c’est la couleur de leur peau qui semble choquer. Je sais lire entre les lignes.
D’autres citoyens désabusés se tournent vers une offre beaucoup trop belle pour être vraie qui sonne à mes oreilles comme «Acheter maintenant et payer plus tard» qui leur promet congé de taxes, coupures agressives dans l’état, richesses assurés et exploration des énergies fossiles en prime. On se décrète protecteur de la langue française, tout en écrivant «agricultureurs», «traffic» et «Unagva» sur nos pancartes.
Pendant ce temps, la majorité de la population -toute couleur confondue-, n’arrive plus à payer les factures les plus essentielles : l’électricité, l’épicerie et le logement. Les jeunes ne s’imaginent pas avoir des enfants. No, for real?!?
Les logements sont démesurément chers, se nourrir coûte une fortune et le vivant est sur le respirateur artificiel. De plus, les médias semblent avoir concédé la victoire à la droite, dont ils légitimisent les discours.
Mettre la faute du débordement des écoles et des hôpitaux sur les immigrants, ce n’est pas raciste. Offrir un bonus de «350$» pour convaincre les femmes d’avoir un 3e et un 4e enfant, ce n’est pas misogyne. Ouvrir la porte au gaz de schiste, ce n’est pas écocide.
Pendant ce temps, on discrédite les propositions visant à protéger notre filet social. Ne taxer surtout pas les grandes fortunes, d’un coup qu’ils nous quitteraient. En même temps, on diabolise des idées extrêmes comme protéger les femmes, protéger l’environnement, réformer le mode de scrutin et le faire tout en permettant à l’économie d‘emprunter le chemin de la transition écologique.
On a même l’audace de dire que ces idées ne seraient pas bonnes pour l’économie?
Pourtant, il me semble que si nous vivions plus équitablement, cela permettrait à ces citoyens de se payer des biens et des services lesquels sont offert par nos entreprises d’ici?
Proposer aux femmes un insignifiant 350$ pour faire un 3e et un 4e enfant, c’est insultant et rabaissant. En parallèle, on alimente la violence faite aux femmes, on intervient très peu pour contrer la montée du masculiniste, on réduit la femme à une enveloppe corporelle servant à procréer tant que c’est dans des nuances de blancs de préférence. On veut la laïcité, mais on prône un discours nataliste.
Pourtant, rien ne ferait plus plaisir à ma fille que d’avoir une petite sœur ou un petit frère. Si je m’y refuse, c’est pour toutes les raisons évoquer ici. Proposer 350$ fait l’effet d’une gifle.
On souligne à peine qu’il y a eu 17 féminicides cette année et que la prochaine femme est encore vivante! On banalise l’avalanche de commentaires violents que reçoivent les femmes qui osent prendre une place dans l’espace publique.
On garde sous silence qu’un homme fâché par la manifestation contre les violences faites aux femmes a voulu rouler dans la foule avec son pick-up. On intimide les voix dissidentes qui alimentent le débat avec faits à l’appuis. -Ève Cotton
Et, comble de l’audace, ce chef met en scène ses propres enfants pour démontrer combien il est un « bon père de famille ».
Pleurire.
La lutte n’est clairement pas gagnée et j’espère que la majorité des femmes en sont de plus en plus conscientes.
Demain, je vais peut-être essayer de parler de fleurs, de tulipes et de pivoines pour amener un peu de joie et de douceur.
Aujourd’hui, j’ai envie de hurler et de me battre, pour ma fille. Parce que quand je lui dis «Je t’aime» , je tremble et je l’exprime dans toutes les fibres de mon corps.
Mon amour n’est pas « monnayable ».
Je veux croire que qu'un avenir radieux pour ma fille «C'est possible» 🧡🌏
Crédit photo zoe et ruby photographie